Au Tchad, l'analyste social François Ndilbé s'est penché sur un phénomène de société de plus en plusvisible : des couples qui se séparent après quelques mois ou quelques années de vie commune, là où les générations précédentes parvenaient souvent à traverser plusieurs décennies ensemble. Invité de La Matinale de Tchadinfos TV, il identifie plusieurs facteurs structurels derrière cette évolution, au premier rang desquels la normalisation du divorce et la précipitation dans l'engagement matrimonial.
Un rapport au mariage transformé par l'évolution des mentalités
Pour François Ndilbé, la manière dont les individus envisagent aujourd'hui l'engagement conjugal a profondément changé. Le parcours amoureux avant le mariage serait lui-même devenu plus instable, ce qui rejaillit sur la solidité du couple une fois formé. « On change plusieurs relations avant d'avoir un mari ou une femme. Et cette trajectoire joue sur la relation que nous avons avec notre partenaire », a-t-il expliqué.
Cette instabilité relationnelle antérieure constituerait, selon lui, un terreau propice aux ruptures rapides, en éloignant les partenaires d'une connaissance approfondie de l'autre avant l'engagement.
La normalisation du divorce et le recul de la médiation familiale
L'analyste social insiste sur un basculement culturel majeur : le divorce, autrefois perçu comme un échec à éviter, est désormais accepté socialement. « Aujourd'hui, le divorce est normalisé. Par le passé, quand il y avait un problème dans un foyer, les familles réussissaient toujours à résoudre le problème. Aujourd'hui, on met en avant le droit », a-t-il déclaré.
Aux yeux de l'analyste, ce changement traduit une nouvelle conception du mariage, centrée sur l'épanouissement individuel plutôt que sur la préservation du lien familial. Là où les générations précédentes étaient encouragées à maintenir l'union malgré les difficultés, certains couples privilégieraient désormais la séparation dès que les attentes ne sont plus satisfaites. « Aujourd'hui, on dit que si le mariage ne te rend pas heureux, il faut quitter. Et certaines personnes se marient pour essayer. Alors que par le passé, on se mariait pour la vie », résume-t-il.
Le mariage précipité, facteur aggravant
Au-delà du contexte social, François Ndilbé pointe la responsabilité des unions conclues trop rapidement. Selon lui, certains partenaires s'engagent sans avoir pris le temps nécessaire pour se connaître réellement, ce qui expose le couple à des désillusions une fois confronté aux réalités de la vie conjugale. « Le mariage à la va-vite, ça crée des problèmes. Le fait que les gens ne se connaissent pas véritablement avant de s'engager dans un mariage, ils n'auront pas le temps d'étudier », a-t-il indiqué.
Pour l'analyste, une meilleure connaissance du futur conjoint avant le mariage permettrait d'aborder en amont les différences de caractère, les valeurs partagées, les attentes de chacun et les responsabilités liées à la vie commune, autant d'éléments qui conditionnent la durée de l'union.