Dans la commune de Biscuiterie à Dakar, un programme d'inclusion numérique transforme le quotidien de centaines de personnes vivant avec un handicap visuel. Depuis 2022, plus de 550 apprenants ont été formés à l'informatique et à l'intelligence artificielle, brisant ainsi les barrières de l'isolement social et technologique.
Un levier d'autonomie par la technologie
L'initiative repose sur l'usage de l'informatique assistée, une technologie qui permet aux personnes non-voyantes ou malvoyantes d'interagir avec des interfaces numériques via des lecteurs d'écran et des claviers adaptés. Pour des bénéficiaires comme Mariama Diallo, cette maîtrise technique représente une véritable rupture avec l'exclusion. La formation, structurée en modules de 50 heures, couvre l'initiation aux outils bureautiques, la navigation sur internet et l'usage de l'intelligence artificielle, offrant aux participants les moyens de mener des recherches et de s'intégrer aux réseaux sociaux de manière autonome.
Une dynamique portée par la société civile
Le projet est le fruit de l'engagement de l'Association des handicapés de la commune de Biscuiterie, sous l'impulsion d'Adama Thioub. Lui-même devenu aveugle après un parcours professionnel dans le secteur privé, M. Thioub a structuré cette réponse citoyenne en s'appuyant sur un partenariat avec l'ONG Stm Foundation et la mairie de Biscuiterie, qui a mis à disposition les locaux nécessaires. Ce modèle de formation, qui s'étend désormais au-delà de la commune, repose sur une transmission de savoir par les pairs, où les compétences techniques sont partagées pour renforcer l'employabilité des jeunes handicapés.
L'appel pour un soutien institutionnel pérenne
Malgré le succès du programme, les porteurs de l'initiative soulignent la précarité de leur modèle économique. Le travail de formation, réalisé sur une base bénévole, se heurte à l'absence d'accompagnement de la part des autorités étatiques. Adama Thioub insiste sur le rôle crucial du numérique comme alternative durable à la mendicité, plaidant pour une implication plus forte des institutions publiques. L'enjeu est désormais de transformer ces acquis individuels en opportunités professionnelles concrètes, tout en cherchant de nouveaux partenariats pour pérenniser et étendre ces formations à d'autres régions du Sénégal.