Au Sénégal, le MOHEBS mise sur le transfert des apprentissages pour révolutionner l’enseignement bilingue

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 19 lectures
Au Sénégal, le MOHEBS mise sur le transfert des apprentissages pour révolutionner l’enseignement bilingue

Le Sénégal transforme son système éducatif en systématisant le transfert des apprentissages entre langues nationales et français. Le MOHEBS, modèle bilingue innovant, vise à ancrer les compétences cognitives et linguistiques dès les premières années scolaires, tout en structurant une politique linguistique nationale ambitieuse.

Un modèle éducatif qui dépasse la simple traduction

Le Modèle harmonisé d’Enseignement bilingue (MOHEBS) au Sénégal ne se limite pas à un enseignement parallèle des langues nationales et du français. Il repose sur une articulation profonde entre ces langues, permettant aux élèves de mobiliser et réinvestir leurs acquis d’une langue à l’autre. Contrairement à une approche où l’on traduirait mécaniquement des contenus, le MOHEBS mise sur le transfert des compétences : observation, classification, argumentation ou résolution de problèmes, acquises en langue première, peuvent être réutilisées en français. Cette méthode évite aux élèves de repartir de zéro à chaque changement de langue et renforce la continuité pédagogique.

Une politique linguistique nationale validée en 2026

Le Sénégal a franchi une étape décisive en juillet 2026 avec l’adoption de son premier Document de politique linguistique nationale, présidé par Moustapha Mamba Guirassy. Ce cadre stratégique intègre les langues nationales dans les politiques publiques tout en maintenant le français dans un modèle plurilingue. Présenté lors du deuxième regroupement du Collège international de Villers-Cotterêts à Dakar en juin 2026, le MOHEBS y est présenté comme un pilier de la politique éducative par le secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale, Papa Malik Ndao. L’enjeu désormais ? Passer de l’expérimentation à une généralisation dans les pratiques de classe.

Des outils pour ancrer le transfert dans les salles de classe

Pour concrétiser cette vision, des ressources pédagogiques spécifiques ont été développées : fiches de transfert, terminologies bilingues et guides pédagogiques. Ces outils visent à rendre visibles les correspondances entre les notions étudiées dans les deux langues et à aider les enseignants à organiser le passage d’une compétence à l’autre. À Ziguinchor, l’Inspection d’académie a lancé un programme de formation intensif pour les acteurs de l’éducation (directeurs, encadreurs et enseignants du cours d’initiation), afin d’accompagner les élèves dès les premières années, période cruciale pour la construction des repères linguistiques et cognitifs.

Un défi de mise en œuvre à grande échelle

L’efficacité du MOHEBS dépendra de l’appropriation des outils par les équipes éducatives et de leur cohérence avec la politique linguistique nationale. Le transfert des apprentissages n’est plus une option périphérique, mais un mécanisme central reliant les apprentissages dans les deux langues. Si cette approche est validée par les experts, son succès reposera sur sa capacité à s’imposer dans l’ensemble du système éducatif sénégalais, sans se limiter à quelques classes pilotes.

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