Au Sénégal, la passe d'armes entre le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), Fadilou Keïta, et le ministre Abdou Lahate Ndiaye illustre une nouvelle fracture au sein de l'appareil politique proche du pouvoir. Elle intervient après une sortie du ministre ciblant le Premier ministre Ousmane Sonko, dans un climat politique déjà sous tension.
Un directeur général qui règle ses comptes
Fadilou Keïta a pris la parole publiquement pour répondre à Abdou Lahate Ndiaye après les récentes critiques de ce dernier contre Ousmane Sonko. Le patron de la CDC a affirmé que l'actuel ministre l'avait sollicité à plusieurs reprises pour obtenir un poste au sein de l'institution financière publique, lui rendant même visite et l'invitant à des repas à cette fin. « Il m'a même supplié d'intervenir pour obtenir un poste », a-t-il déclaré, en s'adressant directement à son détracteur.
Une accusation d'ingérence dans la nomination
Le directeur général de la CDC est allé plus loin en révélant un détail qui interpelle sur le fonctionnement des décisions au sommet de l'État : il assure avoir lui-même appelé le président Bassirou Diomaye Faye pour recommander la nomination d'Abdou Lahate Ndiaye. Cette révélation pose la question du rôle joué par certains responsables dans la composition du gouvernement, alors même que le pays est officiellement engagé dans une refondation politique conduite par le pouvoir Pastef.
« Daay dof, attanuko » : une charge qui divise la majorité
Fadilou Keïta a qualifié l'ancien solliciteur devenu ministre de « quelqu'un qui courait derrière un poste à la CDC ». Il l'a mis en garde en wolof : « Imaginez qu'on le bombarde ministre, il va devenir fou. Il devient fou, daay dof, attanuko ». Le DG de la CDC a également dénoncé ce qu'il présente comme un retournement de veste rapide d'Abdou Lahate Ndiaye, « allant même jusqu'à attaquer Ousmane Sonko » après avoir cherché à se rapprocher du pouvoir par tous les canaux.
Un épisode qui fragilise la cohésion gouvernementale
Cette sortie ne constitue pas une simple querelle personnelle : elle met en lumière les rivalités qui traversent la coalition au pouvoir à un moment où le Sénégal fait face à des arbitrages économiques sensibles et à une attente forte sur la gouvernance. L'attaque directe contre un ministre en exercice, doublée de l'aveu d'une intervention auprès du chef de l'État pour sa nomination, représente un signal politique dont les conséquences internes pour le gouvernement restent à suivre.