Alors que le Sénégal s’apprête à entrer dans une session parlementaire exceptionnelle, les critiques sur le fonctionnement de l’Assemblée nationale et les moyens des députés resurgissent, mettant en lumière les tensions persistantes entre le législatif et l’exécutif.
Un parlement de rupture promis, un bilan en demi-teinte
Lors des législatives de novembre 2024, le parti au pouvoir, Pastef, avait affiché deux ambitions : offrir au président une majorité pour appliquer son programme et construire un « parlement de rupture ». Ce dernier devait se traduire par une réduction des privilèges des élus, une législation centrée sur les intérêts populaires et une exemplarité des parlementaires. Pourtant, deux ans après, les réformes structurelles promises peinent à se concrétiser.
L’audit des lois héritées de 1960 : un chantier toujours en suspens
Mamadou Diop Decroix, figure politique sénégalaise, souligne l’absence d’audit approfondi de la législation sénégalaise, héritée de l’indépendance. Selon lui, cette inertie prive le pays d’une modernisation nécessaire des lois, qui pourraient mieux protéger les populations vulnérables, favoriser l’inclusion des femmes et des personnes handicapées, ou encore renforcer le secteur privé national face à la concurrence étrangère. Les zones frontalières, souvent négligées, et la promotion des langues nationales figurent également parmi les sujets négligés.
Des moyens dérisoires pour un contrôle parlementaire affaibli
Le débat sur les moyens des députés prend une nouvelle dimension alors que les tensions entre l’Assemblée et l’Exécutif s’exacerbent. Lors des sessions budgétaires, les ministres sont systématiquement accompagnés d’experts techniques, tandis que les parlementaires, souvent isolés, doivent analyser des dossiers complexes sans appui suffisant. La création d’un corps d’experts dédié aux députés, évoquée depuis des décennies, reste lettre morte. Cette carence technique limite leur capacité à contester efficacement les projets de loi et à jouer pleinement leur rôle de contre-pouvoir.
Violences parlementaires : le symptôme d’un système en crise
Les affrontements physiques au sein de l’hémicycle, autrefois exceptionnels, se multiplient depuis 2022. Selon Decroix, ces incidents reflètent une dégradation des débats et une absence de moyens pour encadrer les échanges. Entre 1962 et 2022, les forces de sécurité n’étaient jamais intervenues dans l’enceinte parlementaire. Depuis, elles y ont été déployées à deux reprises, un signe alarmant de l’érosion des règles institutionnelles.