Au Sénégal, une défaillance systémique de l'état civil prive des milliers de citoyens de leur existence administrative, les transformant en « sans-papiers » dans leur propre pays. Ce phénomène de doublons d'identité, où des profils sont usurpés ou dupliqués par l'administration elle-même, entrave l'accès aux droits fondamentaux, aux concours et aux opportunités professionnelles.
Le calvaire des citoyens face aux doublons
Le cas de Mouhamadou Lamine Sy, résident en Espagne, illustre l'ampleur du blocage. Lors d'une demande de renouvellement de passeport au consulat, il découvre que son identité est déjà utilisée par un tiers dans les fichiers officiels. Cette situation, qui compromet son titre de séjour, l'a contraint à rentrer au Sénégal après avoir été la cible d'intermédiaires peu scrupuleux réclamant des sommes exorbitantes pour « effacer » le doublon. Pour beaucoup, cette impasse administrative se traduit par une paralysie totale : comptes bancaires bloqués, impossibilité de voyager ou de poursuivre des études à l'étranger.
Une impasse qui nourrit la précarité
La situation touche toutes les générations, des étudiants aux travailleurs. Ngoné Ndiaye, 23 ans, voit ses projets d'études freinés par un dossier bloqué, tandis que d'autres citoyens, comme Mamadou Maurice Diop, se voient refuser leur carte d'identité à la majorité malgré un livret de famille en règle. Face à la lenteur des procédures, qui peuvent s'étendre sur plusieurs années, les victimes se retrouvent face à un dilemme moral : subir l'impuissance administrative ou céder à la tentation de la fraude pour obtenir de nouveaux documents, une option que beaucoup refusent par principe.
L'appel à une réforme structurelle
Réunis au sein du Collectif des victimes du remplacement d’identité, les citoyens concernés exigent une intervention urgente de l'État. Leurs revendications portent sur une refonte profonde du système d'état civil, incluant l'annulation des fichiers corrompus, la centralisation et la sécurisation des données, ainsi qu'une meilleure protection contre les usurpations. Le collectif insiste sur la nécessité de réinscrire les victimes dans un parcours administratif régulier, soulignant que les citoyens ne doivent pas supporter les conséquences financières et sociales d'une défaillance institutionnelle dont ils sont les premières victimes.