Des pancartes brandies à Dakar, des visages de jeunes hommes disparus alignés sous le même titre, des témoignages déchirants : au Sénégal, des familles se mobilisent pour dénoncer l’absence de réponses sur le sort de leurs proches partis tenter leur chance vers l’Europe. À l’occasion de la Journée internationale des personnes disparues, des rassemblements ont eu lieu pour exiger des autorités un soutien concret et une reconnaissance de leur souffrance.
Des années d’attente sans réponse, un deuil impossible
Pour Ibrahima Diop, deux frères disparus à près de vingt ans d’intervalle, l’absence est une plaie ouverte. « L’un a disparu en 2006, l’autre en 2024. Nous n’avons aucune nouvelle de l’un, et pas davantage de l’autre », confie-t-il. Sans corps ni certitude de décès, le deuil devient une épreuve sans fin. Les familles sénégalaises, confrontées à cette réalité, dénoncent l’absence de mécanismes officiels pour les accompagner dans leur quête de vérité.
La route des Canaries, l’une des plus meurtrières au monde
Chaque année, des milliers de Sénégalais et de migrants ouest-africains empruntent la périlleuse traversée entre les côtes africaines et les îles Canaries. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 3 000 personnes y ont disparu ces dernières années. Un chiffre que les ONG qualifient de sous-estimation, tant les disparitions en mer restent difficiles à documenter. Les associations locales, soutenues par des organisations comme le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), tentent d’apporter un soutien juridique et administratif aux familles.
Un accompagnement juridique et psychologique, mais des limites persistantes
Le CICR accompagne les familles dans leurs démarches pour obtenir une déclaration d’absence ou de disparition, un processus long et complexe. « Nous soutenons directement les familles à travers un programme d’accompagnement administratif et juridique », explique Bettina Bauer, coordinatrice du CICR. « Mais la disparition ne permet pas de clore le deuil. La souffrance reste extrême, car l’incertitude persiste. » Les associations soulignent aussi l’importance de préserver la mémoire des disparus, tout en mettant en lumière leur détresse.
Quelles solutions pour briser ce silence ?
Les familles réclament davantage de soutien des autorités sénégalaises et européennes. Entre les témoignages poignants et les chiffres alarmants, la question des disparus en mer interroge les politiques migratoires et les mécanismes de protection des familles. Une mobilisation qui rappelle l’urgence d’agir pour éviter que d’autres vies ne sombrent dans l’oubli.