Au Nigeria, une mutation profonde redéfinit le rôle des pères au sein du foyer

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 6 lectures
Au Nigeria, une mutation profonde redéfinit le rôle des pères au sein du foyer

Une étude menée par Gatefield met en lumière une transformation significative des attentes liées à la paternité au Nigeria. Si le rôle de pourvoyeur financier reste ancré dans les traditions, les hommes expriment désormais une volonté croissante de privilégier l'implication émotionnelle et la présence active dans l'éducation de leurs enfants.

La fin du modèle du père unique pourvoyeur

L'enquête, intitulée « The New Breadwinner », souligne un basculement des priorités : la connexion émotionnelle avec les enfants est citée deux fois plus souvent que la capacité à subvenir aux besoins financiers. Ce changement de paradigme confronte toutefois de nombreux hommes au phénomène du « provider shame » (la honte du pourvoyeur). Lorsque les aléas économiques empêchent les pères de remplir leur rôle financier traditionnel, ces derniers tendent à se replier sur eux-mêmes, leur estime de soi étant encore trop étroitement liée à leur seule productivité économique.

Les freins structurels et professionnels

Malgré cette aspiration à une paternité plus engagée, des obstacles majeurs persistent. Le cadre professionnel nigérian reste peu adapté : si le secteur public offre 14 jours de congé paternité, le secteur informel, qui emploie environ 80 % de la main-d'œuvre, ne propose aucune protection, imposant des pertes de revenus directes aux pères souhaitant s'impliquer. Par ailleurs, l'accès à des solutions de garde reste inégalitaire, réservé aux ménages de la classe moyenne, tandis que les familles à faibles revenus manquent de structures communautaires pour pallier l'absence de soutien domestique.

Adapter le discours pour favoriser le changement

L'étude démontre que la manière d'aborder ces enjeux est déterminante pour l'adhésion des hommes. Les messages axés sur la confrontation ou la déconstruction des rôles de genre génèrent une forte résistance. À l'inverse, les approches valorisant la stabilité du foyer, la prospérité partagée et le bien-être des enfants sont cinq fois plus persuasives. Les auteurs préconisent ainsi d'impliquer les leaders religieux et traditionnels pour promouvoir une vision de la famille fondée sur la transparence financière et la responsabilité partagée.

Vers une réforme des politiques publiques

Pour transformer ces aspirations en réalité, Gatefield appelle à des réformes concrètes. Celles-ci incluent l'extension du congé paternité au secteur privé et la création de réseaux de crèches informelles ou communautaires. L'objectif est de permettre aux pères de concilier leurs responsabilités familiales avec les réalités économiques, en déconnectant la valeur de l'homme de sa seule capacité à générer des revenus, au profit d'une approche plus équilibrée de la cellule familiale.

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