L'État de Benue, au Nigeria, est devenu le principal épicentre du trafic d'êtres humains dans le pays. Profitant de la précarité extrême des familles déplacées par les conflits entre agriculteurs et éleveurs, des réseaux criminels organisés détournent des centaines d'enfants et de jeunes femmes sous couvert de promesses d'éducation ou d'emplois à l'étranger.
Un système de recrutement fondé sur la vulnérabilité
Les trafiquants exploitent systématiquement le désespoir des populations déplacées. Dans les camps de fortune, des individus se faisant passer pour des travailleurs humanitaires ou des agents d'ONG proposent aux parents de prendre en charge l'éducation et l'hébergement de leurs enfants. Sous l'égide d'organisations comme le National Council of Child Rights Advocates of Nigeria (NACCRAN), plus de 300 enfants âgés de 1 à 13 ans ont été extraits de leurs communautés en 2024. Ces mineurs étaient ensuite transférés vers des orphelinats servant de centres de transit, avant d'être vendus à des familles adoptives pour des sommes allant de 1 à 3 millions de nairas.
L'exploitation des jeunes femmes vers l'étranger
Parallèlement au trafic d'enfants, des réseaux ciblent des adolescentes en leur promettant des opportunités professionnelles lucratives. Une fois acheminées vers des destinations comme la Libye ou d'autres États nigérians, ces jeunes femmes se retrouvent souvent piégées dans des réseaux de prostitution forcée. Les témoignages recueillis font état de conditions de voyage périlleuses, marquées par une mortalité élevée, et d'une impunité inquiétante aux points de contrôle sécuritaires, où les trafiquants parviennent à circuler sans être inquiétés.
Une réponse institutionnelle sous tension
L'Agence nationale pour l'interdiction de la traite des personnes (NAPTIP) a intensifié ses opérations, parvenant à secourir 105 enfants liés au réseau NACCRAN et à procéder à des arrestations, dont celle du secrétaire exécutif de l'organisation, Anderson Archibong. Malgré ces interventions, le défi reste immense : le Benue a désormais dépassé l'État d'Edo en nombre de victimes recensées. Si le gouvernement local affirme renforcer la protection communautaire et le soutien psychosocial, les familles des victimes dénoncent une réponse tardive et un manque de coordination entre les services de sécurité et les autorités sociales.
Un enjeu de sécurité nationale
La persistance de ce trafic souligne une faille majeure dans la protection des citoyens déplacés. Alors que le Nigeria a validé une nouvelle stratégie nationale de lutte contre la traite (TIPVAP 2025-2027), l'efficacité de ces mesures dépendra de la capacité des autorités à sécuriser les zones de conflit et à démanteler les réseaux criminels qui, selon les enquêteurs, ne cherchent pas à commettre des rituels, mais à maximiser un profit financier sur le dos des populations les plus fragiles.