Deux ans après sa nomination à la tête du Department of State Services, Oluwatosin Ajayi lève le voile sur une transformation profonde du renseignement nigérian. Dans un entretien rare avec des rédacteurs en chef, le directeur général expose sa philosophie: respect des droits, coopération inter-agences et approche humaine du renseignement.
Une philosophie de justice restauratrice
Sélectionné parmi les cadets du DSS, Ajayi a gravi tous les échelons en 36 ans de service avant de devenir le premier ancien cadet à diriger le service. Cette trajectoire unique anime sa vision: placer l'humain au centre de la mission sécuritaire.
« Un service de renseignement aliené du peuple ne recevra pas d'informations crédibles », justifie-t-il. Cette conviction s'est traduite par une pratique inéditede récompenserrestituer: environ 300 millions de nairas versés en dédommagements à des victimes d'erreurs opérationnelles. Un homme d'affaires de Jos, blessé par balle en 2016, a reçu 20 millions de nairas et un soutien pour reconstituer son entreprise. Une femme d'affaires d'Abuja, arrêtée par erreur lors d'une opération anti-corruption, a été dédommagée et accompagnée dans la reconstruction de son activité. Un couple d'Ifedi, arrêté à tort et détenu pendant des mois, a obtenu réparation.
« Quand vous faites du tort à quelqu'un, vous devez réparer. Même devant Dieu, il y a place pour la restitution », affirme Ajayi. Cette approche inclut également des étudiants de Cross River dont les téléphones avaient été endommagés lors d'une opération anti-kidnapping: remplacés immédiatement, ils ont aussi reçu des bourses scolaires.
Les défis du renseignement antiterroriste
Interrogé sur l'efficacité du renseignement face aux attaques persistantes, Ajayi reconnaît les limites structurelles. « Aucun service au monde ne peut éradiquer le crime à 100% », admet-il, citant la proximité du Nigeria avec le Sahel et les difficultés du terrain autour du lac Tchad.
Concernant l'attaque d'Oriire dans l'État d'Oyo, où des otages ont été retenus pendant plusieurs semaines, il détaille une opération complexe ayant coûté la vie à neuf personnes (quatre civils et cinq éléments de sécurité). Le groupe responsable, décrit comme une organisation terrorisme internationale liée à Al-Qaïda, a vu ses dirigeants arrêtés l'année dernière et condamnés à perpétuité. Le DSS réclame des peines de mort pour trois autres collaborateurs.
« Aujourd'hui, face à ce niveau de brutalité, je doute qu'une autorité responsable refuse de signer les mandats d'exécution », répond Ajayi aux critiques sur le moratoire de fait sur la peine capitale en vigueur depuis près de vingt ans.
Relations avec les médias et réforme institutionnelle
Autre changement majeur: la fin des arrestations arbitraires de journalistes. « Aucun journaliste n'a été victimisé sous ma direction », assure-t-il. Les différends sont désormais réglés par le dialogue ou devant les tribunaux. Les affaires SERAP et Sahara Reporters, qui avaient valu au DSS des condamnations et des critiques virulentes, ont été traitées par voie judiciaire sans aucune interpellation.
Cette philosophie se complète d'un programa de recrutement original: le service intègre délibérément des personnes issues d'orphelinats. « Ce sont des citoyens oubliés, vulnérables, mais qui peuvent être des atouts extraordinaires. Certains de nos meilleurs éléments viennent de là », explique Ajayi, précisant pratiquer cette approche depuis quatorze ans dans différents États.
Sur le plan infrastructurel, le DSS a lancé sous sa direction la construction de nouveaux bâtiments administratifs, la rénovation de quartiers résidentiels pour le personnel, l'installation de crèches dans les représentations régionales et le renouvellement des équipements médicaux et sportifs.