Au Nigeria, la loi sur la cybercriminalité reste un outil de répression contre la liberté d'expression

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 37 lectures
Au Nigeria, la loi sur la cybercriminalité reste un outil de répression contre la liberté d'expression

Au Nigeria, l'usage détourné de la législation sur la cybercriminalité soulève de vives inquiétudes quant à l'érosion des libertés publiques. Malgré une réforme législative en 2024, les forces de sécurité continuent d'exploiter des dispositions floues pour interpeller journalistes et voix critiques, transformant ce cadre juridique en un instrument de répression.

Une arme juridique contre la liberté d'expression

Initialement conçue pour lutter contre la fraude informatique et le piratage, la loi sur la cybercriminalité de 2015 contenait en son article 24 une clause sur le « cyber-harcèlement » aux contours délibérément vagues. Cette disposition a permis, pendant des années, de criminaliser des opinions jugées offensantes ou gênantes pour des personnalités influentes. Récemment, le juge Obiora Egwuatu a publiquement dénoncé cette pratique, qualifiant les poursuites pour cyber-harcèlement de « nouveau puits de pétrole » pour les forces de l'ordre, qui s'opposent fréquemment à la libération sous caution de citoyens arrêtés pour des publications sur les réseaux sociaux.

L'impasse de la réforme législative

Face à la pression internationale, notamment après une décision de la Cour de justice de la CEDEAO en 2020 jugeant la loi arbitraire, le gouvernement a procédé à un amendement en février 2024. Si des termes subjectifs comme « indécent » ou « gênant » ont été supprimés, des notions tout aussi imprécises, telles que le « trouble à l'ordre public », ont été maintenues. Pour les observateurs, cette modification est cosmétique : elle n'a pas mis fin aux arrestations arbitraires, les autorités continuant d'utiliser ces textes pour museler le débat démocratique.

La mobilisation des acteurs de la société civile

La Commission nationale des droits de l'homme (NHRC) et la Guilde des éditeurs nigérians (NGE) multiplient les alertes face à cette vague d'intimidations. Le secrétaire exécutif de la NHRC, Dr. Tony Ojukwu, a souligné que ces attaques contre les journalistes constituent une menace directe pour la démocratie. De son côté, le syndicat national des journalistes (NUJ) appelle à une action proactive de la Commission pour instaurer une véritable reddition de comptes au sein des forces de sécurité. Alors que des organisations comme le SERAP ont saisi à nouveau la justice régionale, le débat sur la limite entre régulation numérique et censure reste au cœur des tensions politiques au Nigeria.

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