Au Nigeria, les révélations du ministre du Territoire de la capitale fédérale, Nyesom Wike, sur ses échanges privés avec le gouverneur de l'État d'Osun, Ademola Adeleke, après sa réélection du 15 août, relancent un débat de fond sur les rapports de force qui se nouent en dehors des urnes. L'épisode met en lumière l'influence des négociations entre personnalités politiques puissantes sur la trajectoire d'un mandat issu du vote.
Une instruction directe au gouverneur réélu
Lors d'un point presse tenu mercredi à Port Harcourt, Wike a raconté avoir lui-même appelé Adeleke pour lui demander de réaffirmer publiquement son soutien au président Bola Tinubu, de remercier ce dernier pour ce qu'il a qualifié d'élection libre et équitable, et de lui présenter son certificat d'investiture. Le gouverneur a ensuite rencontré le président à Abuja pour lui remettre ce document. Wike a justifié cette démarche comme une stratégie visant à empêcher la coalition de l'ADC, le Congrès démocratique africain, de tirer un avantage politique de la victoire d'Adeleke. Selon ses propres mots, lorsque le gouverneur a publié sa déclaration de soutien, « l'ADC s'est retirée ».
Une personnalisation de la politique qui inquiète les analystes
Le politologue Anthony Kila, directeur général du Centre d'études internationales avancées et professionnelles (CIAPS), estime que l'affaire révèle un problème institutionnel plus profond. Il juge que la politique nigériane se personnalise au détriment des idéologies et des programmes, un phénomène qu'il considère comme un risque pour la qualité de la démocratie. Kila s'est également déclaré préoccupé par la déclaration de Wike selon laquelle, si le président l'avait envoyé à Osun, le parti au pouvoir, l'APC, aurait remporté l'élection. Pour le chercheur, cette affirmation traduit une vision du pouvoir qui dépasse le cadre démocratique.
Un déficit de confiance envers les institutions
L'épisode intervient dans un climat de méfiance persistante envers la commission électorale nationale (INEC) et la justice, régulièrement mises en cause dans les litiges post-électoraux. Pour de nombreux observateurs, cette situation pousse les responsables politiques à privilégier les arrangements entre factions plutôt qu'à défendre leur mandat devant les tribunaux. Aucune information disponible ne confirme toutefois que l'APC d'Osun ait renoncé à un recours en justice à la suite de la déclaration d'Adeleke : après le scrutin, la section locale du parti avait indiqué qu'elle examinait les résultats avec son équipe juridique avant toute décision.
L'opposition face à ses responsabilités
Kila pointe également la faiblesse de l'opposition nigériane, qu'il considère incapable de jouer son rôle de contre-pouvoir face au parti au pouvoir. Il appelle de ses vœux une opposition plus visible, capable de mobiliser les électeurs, de contrôler l'action du gouvernement et de contraindre les institutions à exercer pleinement leurs prérogatives constitutionnelles. Pour le chercheur, le Nigeria cumule un problème de système politique et un problème de culture politique, deux défis que l'épisode Wike-Adeleke a ravivé sans les résoudre.