Les réseaux sociaux ne sont plus de simples outils de divertissement au Maroc, mais constituent désormais une infrastructure centrale de la vie publique. Une étude de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA) souligne comment ces plateformes, de WhatsApp à TikTok, transforment les revendications locales en débats nationaux, tout en posant des défis inédits en matière de régulation et de sécurité informationnelle.
Une infrastructure numérique quasi universelle
L'omniprésence des plateformes numériques est devenue une réalité structurelle au Maroc. En 2024, 99 % des internautes marocains utilisent les réseaux sociaux, une proportion qui atteint 85 % de la population totale âgée de cinq ans et plus. Cette adoption massive, portée par la généralisation du smartphone, ne se limite plus aux jeunes générations : elle touche désormais toutes les tranches d'âge et s'étend aux zones rurales. Avec 92 % des utilisateurs se connectant quotidiennement, ces outils sont devenus le principal canal de circulation de l'information et d'organisation collective, supplantant souvent les structures hiérarchiques traditionnelles.
De la solidarité d'urgence au militantisme numérique
L'étude de la HACA met en lumière la capacité de ces outils à catalyser l'action collective. Lors du séisme d'Al Haouz en 2023, les réseaux sociaux ont permis une coordination rapide et efficace de l'aide humanitaire, impliquant citoyens et diaspora. Historiquement, des mouvements comme le 20 Février ou le Hirak du Rif avaient déjà démontré cette force de frappe. Plus récemment, l'émergence du mouvement « Génération Z 212 » a illustré comment une indignation née sur un serveur Discord peut se transformer en une mobilisation nationale sur des enjeux de santé publique et d'inégalités sociales, prouvant la puissance de réactivité des plateformes.
Les risques de la désinformation et de l'influence
Si la démocratisation de la parole est réelle, elle s'accompagne de vulnérabilités majeures. La rapidité de diffusion des contenus, couplée à l'absence de vérification rigoureuse, favorise la propagation de fausses informations, comme observé lors de la gestion de crise post-séisme. Par ailleurs, la HACA pointe du doigt les risques d'ingérences extérieures et d'amplifications artificielles de hashtags, qui fragilisent le débat public. Le phénomène du « slacktivisme », ou militantisme de façade, est également soulevé comme une limite à l'engagement réel des citoyens.
Vers une nécessaire éducation au numérique
Face à ces mutations, la HACA préconise une approche axée sur la responsabilité plutôt que sur la marginalisation. L'institution insiste sur l'urgence de renforcer l'éducation aux médias et au numérique, notamment par son intégration dans les programmes scolaires. L'enjeu est de taille : il s'agit de protéger l'espace public contre la polarisation algorithmique et la manipulation, tout en préservant les nouveaux espaces de participation citoyenne qui constituent, selon l'autorité, l'un des défis démocratiques majeurs pour le Maroc dans les années à venir.