À l'approche des élections législatives du 23 septembre au Maroc, une partie de la jeunesse marocaine cherche à transformer l'élan contestataire de l'année écoulée en une force de proposition institutionnelle. Si le mouvement « GenZ 212 », né dans la rue pour dénoncer les défaillances des services publics, a marqué les esprits, le défi reste désormais de convertir cette mobilisation numérique en bulletins de vote et en sièges au Parlement.
De la rue aux urnes : le pari de l'engagement
L'agitation sociale qui a secoué le pays en septembre 2025, déclenchée par des drames sanitaires et des griefs persistants sur l'éducation et l'emploi, a agi comme un catalyseur pour une nouvelle génération d'acteurs politiques. Hamza El Kharroubi, entrepreneur environnemental de 28 ans, incarne cette transition : après avoir manifesté, il brigue désormais un siège au Parlement avec son propre parti dédié à la durabilité. Pour ces nouveaux candidats, l'objectif est clair : sortir du discours politique traditionnel pour proposer des résultats tangibles sur les conditions de vie quotidiennes.
Le fossé démographique et la méfiance électorale
Malgré cet enthousiasme, la participation des jeunes reste un point critique pour le scrutin qui renouvellera les 395 sièges de la Chambre des représentants. Les données électorales révèlent un déséquilibre marqué : les 18-24 ans ne représentent que 4 % des 15,8 millions d'électeurs inscrits, tandis que les plus de 60 ans constituent près de 30 % du corps électoral. Ce désintérêt structurel s'explique par une méfiance héritée, nourrie par des décennies de promesses non tenues en matière d'emploi — le taux de chômage des 15-24 ans atteignant 37,2 % en 2025 — et par une culture politique où le retrait de la sphère publique était souvent perçu comme une stratégie de survie.
Redéfinir le contrat entre élus et citoyens
Pour les observateurs et les jeunes militants, l'enjeu dépasse le simple cadre du vote. Dans un système où la monarchie conserve un rôle institutionnel central, les candidats issus de la jeunesse insistent sur la nécessité d'une reddition de comptes permanente. Az-el Arab Hilmi, militant au sein de la Fédération de la gauche démocratique, souligne que le scrutin ne doit pas être considéré comme un « chèque en blanc ». La nouvelle génération d'activistes plaide pour une relation de proximité où les élus expliquent leurs marges de manœuvre réelles, tout en acceptant d'être surveillés et critiqués par leurs électeurs. Cette exigence de transparence et de responsabilité représente, selon eux, la seule voie pour restaurer la confiance dans les institutions marocaines.