Une campagne en ligne promouvant l'excision, portée par des hommes et relayée depuis l'Espagne, a choqué au Mali, relançant un débat national sur l'absence de législation claire et les résistances culturelles à l'abandon de cette pratique.
Une campagne virale aux arguments religieux contestés
Sous le hashtag « Oui à l'excision », des affiches et publications sur Facebook défendent cette pratique au nom de traditions islamiques. Un internaute se présentant comme un « prêcheur » résidant en Espagne, Koué Diakité, y invoque des hadiths et les avis des quatre écoles sunnites pour justifier l'excision, la qualifiant de recommandée ou obligatoire selon les courants. Ces arguments, pourtant, sont rejetés par les autorités religieuses et les défenseurs des droits humains.
L'organisation Al-Azhar, référence majeure de l'islam sunnite, a explicitement qualifié l'excision de « pratique sans fondement religieux » et d'« agression contre la personne humaine ». Les militants rappellent que cette pratique, bien que présente dans certaines communautés musulmanes, n'est pas une obligation religieuse universelle.
Un vide juridique exploité par les défenseurs de la tradition
Le Mali ne dispose d'aucune loi explicitement interdisant l'excision, malgré son code pénal qui sanctionne les violences et atteintes à l'intégrité physique. Maître Saran Keïta Diakité, avocate au Barreau du Mali, souligne que les projets de loi visant à abolir cette pratique échouent systématiquement en raison de son ancrage culturel et religieux profond. « Le Mali est un pays fortement islamisé, ce qui rend difficile l'adoption d'une loi spécifique », explique-t-elle.
Les conséquences sanitaires de l'excision, pourtant bien documentées, peinent à convaincre les détracteurs de la pratique. Les Nations Unies classent les mutilations génitales féminines parmi les violations des droits humains, citant des risques immédiats comme les hémorragies, les infections, voire la mort, ainsi que des complications à long terme : douleurs chroniques, infertilité ou traumatismes liés à l'accouchement.
La société civile contre-attaque : pétitions et manifestations
Face à la campagne pro-excision, des affiches et slogans comme « Non à l'excision » et « Protégeons les filles » se multiplient en ligne. Une pétition nationale exige l'interdiction légale de cette pratique, tandis que des activistes appellent à une manifestation le 22 août pour exiger une loi. Zeinabou Tina Idé, défenseure des droits des femmes, dénonce l'utilisation de « codes de communication modernes » pour légitimer une pratique « archaïque et rétrograde ».
Elle insiste sur l'importance de l'éducation et de la sensibilisation, rappelant que la chirurgie réparatrice existe pour les victimes. « Les femmes excisées subissent des souffrances indicibles, notamment lors des accouchements », témoigne-t-elle, citant l'exemple d'une patiente burkinabé contrainte d'accoucher par voie rectale en raison des séquelles de l'excision.
Le Mali à la traîne face à ses voisins ?
Alors que la Gambie a rejeté en 2024 une tentative de réautorisation de l'excision au nom de la religion et de la tradition, le Mali reste en retrait. Selon l'ONU, 89 % des Maliennes âgées de 15 à 49 ans ont subi une mutilation génitale féminine, un chiffre parmi les plus élevés au monde. Les militants espèrent que la mobilisation actuelle pourrait enfin faire bouger les lignes, malgré les obstacles culturels et politiques.