Au Mali, une campagne pro-excision défie l’interdiction internationale et divise la société

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 20 lectures
Au Mali, une campagne pro-excision défie l’interdiction internationale et divise la société

Une campagne numérique malienne, utilisant des visuels générés par intelligence artificielle, tente de normaliser l’excision en affichant des hommes soutenant cette pratique, alors que le Mali n’a toujours pas interdit cette mutilation. Portée par des réseaux sociaux, elle s’inscrit dans un contexte où les défenseurs des droits humains dénoncent un recul des avancées législatives.

Une mobilisation artificielle contre les normes internationales

Des affiches diffusées en ligne, créées par IA, mettent en scène des hommes – religieux, personnalités ou simples citoyens – brandissant un symbole vert associé à une lame de rasoir, accompagné du slogan « Au Mali, oui à l’excision ». Cette campagne, principalement virale, vise à légitimer une pratique pourtant interdite par les conventions internationales ratifiées par Bamako. Les organisateurs, dont l’identité reste floue, exploitent les réseaux sociaux pour contourner les débats parlementaires et imposer un discours favorable à la perpétuation de cette mutilation.

Un pays en retard sur la législation, malgré les engagements

Le Mali, signataire de traités internationaux comme la Convention sur l’élimination des discriminations à l’égard des femmes (CEDAW), n’a toujours pas adopté de loi criminalisant l’excision. Cette absence de cadre juridique contraste avec les progrès enregistrés par plusieurs pays africains voisins, où des législations strictes ont permis de réduire significativement les cas. Les associations locales, comme l’Association malienne pour le suivi et l’orientation des pratiques traditionnelles (AMSOPT), alertent sur le risque de banalisation de cette pratique, notamment dans les zones rurales où son interdiction reste lettre morte.

Les réactions des défenseurs des droits et des autorités religieuses

Face à cette campagne, les organisations de défense des droits des femmes multiplient les contre-discours, dénonçant une instrumentalisation des traditions pour justifier des violences. Certains leaders religieux modérés, comme l’imam Mahmoud Dicko, ont publiquement condamné l’excision, soulignant son absence de fondement coranique. Cependant, des groupes conservateurs, souvent liés à des réseaux informels, continuent de promouvoir cette pratique au nom de la préservation culturelle. Le gouvernement malien, sous pression, n’a pour l’instant pris aucune mesure concrète pour contrer cette campagne, laissant planer le doute sur sa volonté politique de faire appliquer les engagements internationaux.

Un enjeu de santé publique et de développement

L’excision, reconnue comme une violation des droits humains par l’ONU, expose les femmes et les filles à des complications médicales graves : infections, fistules, complications lors de l’accouchement, voire décès. Selon l’UNICEF, plus de 80 % des Maliennes âgées de 15 à 49 ans ont subi cette pratique, malgré les campagnes de sensibilisation. Cette campagne pro-excision, en sapant les efforts de prévention, risque d’aggraver une situation déjà critique, avec des conséquences durables sur la santé reproductive et l’autonomisation des femmes. Les experts soulignent que sans une loi et une mobilisation coordonnée, le Mali pourrait devenir un bastion de résistance aux normes internationales en matière de droits des femmes.

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