Au Mali, l’excision persiste malgré ses ravages : 89 % des femmes concernées, un silence qui coûte cher

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 67 lectures
Au Mali, l’excision persiste malgré ses ravages : 89 % des femmes concernées, un silence qui coûte cher

Malgré les alertes sanitaires et les appels au changement, l’excision reste une réalité douloureuse pour près de 9 femmes maliennes sur 10. Les conséquences physiques et psychologiques, souvent minimisées, s’étendent sur des générations, tandis que les justifications culturelles et religieuses s’effritent sous le poids des preuves scientifiques.

Une pratique aux conséquences médicales dévastatrices

Les mutilations génitales féminines (MGF) au Mali laissent des traces bien au-delà de la douleur immédiate. Les femmes excisées subissent des saignements chroniques, des infections urinaires et génitales récurrentes, ainsi qu’une absence totale de plaisir sexuel, souvent confondue avec une « normalité » imposée. Les complications lors des accouchements, comme les déchirures graves ou les hémorragies, sont deux fois plus fréquentes chez les femmes ayant subi une excision, selon les données sanitaires locales. Ces risques, pourtant documentés, restent largement sous-estimés dans un pays où 89 % des femmes âgées de 15 à 49 ans portent encore les séquelles de cette pratique.

Fatoumata, une voix parmi des milliers de silences

Son témoignage, recueilli à l’aube, illustre l’ampleur du drame. Mariée depuis deux ans, Fatoumata décrit des rapports sexuels devenus une source de souffrance plutôt que de complicité. « Je n’ai jamais connu le plaisir, seulement la douleur », confie-t-elle. L’intervention, réalisée par un médecin, n’a pas suffi à effacer les séquelles. Son cas rappelle que l’excision, même pratiquée dans un cadre « médicalisé », reste une violation irréversible de l’intégrité corporelle. Ces récits, trop souvent tus, révèlent l’urgence de briser le tabou autour d’une pratique présentée comme une tradition inoffensive.

Religion et tradition : des arguments qui s’effondrent

L’un des mythes les plus tenaces veut que l’excision soit une obligation religieuse. Pourtant, des études menées dans des pays à majorité musulmane montrent que cette pratique est quasi absente dans certaines communautés soufies, où elle est explicitement condamnée. Les chercheurs soulignent que les textes sacrés ne mentionnent nulle part cette mutilation, et que son ancrage repose davantage sur des interprétations culturelles que sur des fondements théologiques. Cette remise en question des justifications religieuses ouvre une brèche pour déconstruire les normes qui perpétuent les MGF.

La pression sociale, pire que la loi

Si le Mali dispose déjà de cadres juridiques pour lutter contre les MGF, leur application reste limitée par un consensus social bien plus puissant. Les défenseurs de la tradition arguent que l’excision fait partie intégrante de l’identité féminine, un passage obligé pour être acceptée dans la communauté. Pourtant, les données scientifiques contredisent ces croyances : les femmes excisées rapportent des niveaux de satisfaction sexuelle significativement inférieurs, et leurs partenaires masculins décrivent des relations marquées par la frustration. Comparer cette pratique à des mutilations masculines, comme la circoncision non médicale, met en lumière l’inégalité structurelle qu’elle perpétue.

Changer les mentalités, un combat de chaque jour

Les traditions évoluent, mais lentement. Des pratiques autrefois acceptées, comme les sacrifices humains ou l’esclavage, ont fini par disparaître grâce à l’éducation et à la pression internationale. Aujourd’hui, des Maliennes osent dénoncer l’excision, mais leur parole reste étouffée par la peur des représailles ou de l’exclusion. La solution ne réside pas uniquement dans des lois répressives, mais dans un travail de fond : éduquer les jeunes générations, impliquer les leaders religieux dans le débat, et donner aux femmes les moyens de s’exprimer sans crainte. Sans cette transformation collective, les générations futures continueront de payer le prix d’une tradition devenue un fardeau sanitaire et social.

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