Au Mali, la lutte contre le mariage des enfants se heurte à une réalité statistique alarmante et à un cadre législatif fragmenté. Alors que plus de 50 % des jeunes femmes ont été unies avant leur majorité, les acteurs de la société civile appellent à une harmonisation des textes et à une stratégie de prévention scolaire plus robuste pour briser le cycle de la déscolarisation.
Des disparités géographiques et sociales marquées
Le cinquième Recensement général de la population et de l'habitat (RGPH5) de 2022 dresse un état des lieux préoccupant : 54 % des femmes âgées de 20 à 24 ans ont été mariées avant 18 ans. Si le phénomène est national, il présente des variations régionales significatives. À titre d'exemple, le taux de mariage chez les filles de 12 à 15 ans atteint 9,5 % à Kita et 8,8 % à Nioro, contre seulement 1,2 % à Bamako. Cette précarité est étroitement liée au décrochage scolaire, le taux net de scolarisation chutant drastiquement entre le Fondamental I (59 %) et le Fondamental II (32,1 %), illustrant la fragilité du maintien des adolescentes dans le système éducatif.
Le défi de l'harmonisation législative
La protection des mineures est entravée par une contradiction entre les textes nationaux et les engagements internationaux. Le Code des personnes et de la famille autorise le mariage dès 16 ans, voire 15 ans sous dispense, tandis que les instruments africains ratifiés par le Mali fixent l'âge légal à 18 ans. Bien que le Code pénal de 2024 réprime désormais le mariage forcé et définit le mariage d'enfant comme une union impliquant une personne de moins de 16 ans, cette limite laisse les adolescentes de 16 et 17 ans dans une zone grise juridique. Des organisations comme la COMADE plaident pour une uniformisation stricte à 18 ans et la suppression des dérogations.
De la prévention au suivi post-alerte
La protection ne se limite pas à l'annulation d'une cérémonie. Les experts soulignent que le signalement précoce — via les enseignants ou les comités de gestion scolaire — est crucial, mais doit être suivi d'un accompagnement réel. Empêcher une union ne suffit pas si la jeune fille n'est pas réintégrée dans un parcours scolaire ou professionnel sécurisé. La Stratégie nationale multisectorielle, dotée d'un plan d'action ambitieux, vise à permettre le mariage libre après 18 ans d'ici 2030. Toutefois, l'efficacité de ce dispositif dépendra de la capacité des autorités à coordonner les acteurs locaux et à garantir que chaque commune dispose d'un circuit d'alerte opérationnel et confidentiel.