Au Khasso, les jeunes filles maliennes réinventent la solidarité à travers les champs d'arachides

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 25 lectures
Au Khasso, les jeunes filles maliennes réinventent la solidarité à travers les champs d'arachides

Dans la région du Khasso, au sud-ouest du Mali, des adolescentes transforment les champs d’arachides en véritables écoles de vie. Leur outil ? Le Ton Sènô, une pratique ancestrale de solidarité qui lie travail agricole et transmission des valeurs communautaires.

Le Ton Sènô, socle d’une solidarité intergénérationnelle

Le Ton Sènô, littéralement « l’entraide », est une tradition malienne où les membres d’une communauté se mobilisent pour soutenir les familles dans les travaux agricoles. Dans le Khasso, cette pratique prend une dimension particulière : elle est désormais portée par des jeunes filles, souvent adolescentes, qui y voient bien plus qu’un simple devoir. Pour elles, le Ton Sènô devient un espace d’apprentissage des valeurs de partage, de responsabilité et de résilience.

Les champs d’arachides, culture dominante de la région, servent de cadre à cette transmission. Les jeunes filles y travaillent en groupe, sous la supervision des aînées, tout en échangeant sur des sujets comme l’éducation, la santé ou les droits des femmes. Une forme d’école informelle où la solidarité se conjugue avec la formation citoyenne.

Une réponse aux défis sociaux et économiques locaux

Cette réappropriation du Ton Sènô par les jeunes filles répond à des enjeux concrets. Dans une région où l’agriculture reste le principal secteur économique, mais où les ressources sont limitées, l’entraide permet de mutualiser les efforts pour des récoltes plus abondantes. Par ailleurs, cette pratique renforce la cohésion sociale, un atout précieux dans un contexte où les tensions communautaires peuvent fragiliser les liens locaux.

Les adolescentes, souvent exclues des décisions économiques, y gagnent aussi en visibilité et en reconnaissance. Leur participation active aux travaux agricoles et aux discussions qui en découlent leur offre une plateforme pour exprimer leurs aspirations et négocier leur place dans la société.

Un modèle à reproduire ailleurs au Mali ?

Le succès de cette initiative dans le Khasso pourrait inspirer d’autres régions du Mali, voire d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. Le Ton Sènô, déjà ancré dans les traditions, montre ici sa capacité à évoluer pour répondre aux besoins contemporains. Son adaptation par les jeunes générations prouve que les pratiques ancestrales peuvent être des leviers de développement durable, à condition d’être portées par une volonté collective.

Pour les décideurs locaux et les acteurs du développement, cette dynamique offre une piste concrète pour renforcer les politiques sociales. Intégrer le Ton Sènô dans les programmes éducatifs ou agricoles pourrait, par exemple, améliorer l’inclusion des jeunes filles tout en boostant la productivité des exploitations familiales.

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