Entre 2020 et 2024, près de trois Kenyans ont été tués chaque jour par la police, selon l’ancien président de la Cour suprême David Maraga. Ce bilan, révélé dans un rapport accablant, révèle l’échec des promesses de réformes policières sous l’ère Ruto et l’enracinement d’une culture d’impunité au sein du service national.
Un chiffre qui interroge : 4 400 morts en quatre ans
Les données compilées par l’ancien juge Maraga, citées dans une enquête approfondie, indiquent que 4 400 personnes ont péri sous les balles des forces de l’ordre depuis le début du mandat de William Ruto en 2020. Ce chiffre, soit une moyenne de près de trois décès quotidiens, illustre l’ampleur d’une violence institutionnelle qui persiste malgré les engagements répétés des autorités. Les victimes, souvent issues de milieux défavorisés, paient le prix d’une répression disproportionnée, notamment lors d’opérations de maintien de l’ordre ou de contrôles routiers.
L’impunité, socle d’une violence systémique
Dans son analyse, David Maraga pointe du doigt l’absence de sanctions contre les auteurs de ces exactions. Malgré des enquêtes internes et des rapports critiques, peu de policiers ont été tenus responsables, renforçant un sentiment d’impunité parmi les forces de l’ordre. Cette situation, selon lui, est le résultat direct de l’échec des réformes promises depuis des années. Les mécanismes de contrôle, comme les commissions indépendantes, peinent à s’imposer face à une culture policière ancrée dans l’arbitraire et la brutalité.
Ruto face à un défi de crédibilité
Le président William Ruto, qui avait fait de la modernisation de la police un pilier de sa campagne, se retrouve aujourd’hui sous le feu des critiques. Les promesses de transparence et de professionnalisation des forces de l’ordre semblent avoir été balayées par la réalité des chiffres. Les associations de défense des droits humains, ainsi que des observateurs internationaux, appellent désormais à des mesures concrètes : audits indépendants, poursuites systématiques contre les responsables, et révision des protocoles d’usage de la force. Sans cela, le cycle de violence risque de se poursuivre, au mépris des engagements démocratiques du pays.
Quelles perspectives pour les victimes et la société kényane ?
Au-delà des statistiques, ce bilan soulève une question cruciale : comment reconstruire la confiance entre la population et une institution censée la protéger ? Les familles des victimes, souvent sans recours juridique efficace, réclament justice. Des initiatives citoyennes émergent pour documenter les abus et exiger des comptes, mais leur impact reste limité face à l’inertie des structures de pouvoir. À l’heure où le Kenya mise sur son image de stabilité régionale, ce dossier pourrait devenir un test majeur pour l’État de droit et la cohésion sociale.