Au Ghana, le débat sur la régulation du prêche dans les transports publics révèle une instrumentalisation de la foi

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 17 lectures
Au Ghana, le débat sur la régulation du prêche dans les transports publics révèle une instrumentalisation de la foi

La récente controverse au Ghana autour de l'interdiction de prêcher et de vendre dans les véhicules de transport en commun en mouvement soulève des questions fondamentales sur la place de la religion dans l'espace public. Alors que certains leaders religieux dénoncent une persécution, cette réglementation interroge surtout la capacité des institutions à garantir la sécurité et l'ordre, tout en évitant l'instrumentalisation du fait religieux.

Une mesure de sécurité routière, non une attaque contre la foi

Le règlement 141 du Road Traffic Regulations (L.I. 2519) de 2026 prohibe toute activité de prédication ou de commerce ambulant à l'intérieur des véhicules de transport public en mouvement. Cette disposition, qui prévoit des amendes ou des peines d'emprisonnement, n'est pas une nouveauté législative, mais une réactivation de normes existantes depuis 2012. Le gouvernement a clarifié que cette mesure ne constitue en aucun cas une interdiction de prêcher, mais une restriction liée au contexte : le prêche demeure autorisé lorsque le véhicule est à l'arrêt. L'objectif affiché est de limiter les distractions pour les conducteurs et d'assurer la sécurité des passagers dans un environnement confiné.

Le risque de l'instrumentalisation du dogme

La réaction virulente de certains responsables religieux, qualifiant cette régulation d'« attaque contre l'Évangile », pose un problème de fond. En présentant toute contrainte légale comme une persécution, ces leaders utilisent la foi comme un bouclier pour échapper à la redevabilité. Cette rhétorique, qualifiée de « chantage religieux », tend à paralyser l'esprit critique des fidèles en transformant un débat sur l'ordre public en un conflit spirituel. Cette posture occulte la distinction nécessaire entre la liberté de culte, garantie par la Constitution, et la gestion des espaces partagés où les droits de chacun — passagers, chauffeurs et citoyens — doivent coexister.

La nécessité d'un discernement citoyen

Le débat gagnerait à s'éloigner des postures émotionnelles pour se concentrer sur la proportionnalité des sanctions et la pertinence des lois. Si la critique d'une législation est légitime, elle doit reposer sur des arguments juridiques et factuels plutôt que sur des appels à la crainte. À l'instar des règles strictes régissant le comportement dans les avions ou les banques, l'espace public nécessite des cadres de fonctionnement qui ne peuvent être systématiquement contestés au nom d'un mandat divin. La maturité d'une société réside dans sa capacité à concilier l'exercice des libertés individuelles, y compris religieuses, avec les impératifs collectifs de sécurité et de respect d'autrui.

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