La lutte contre l'exploitation minière illégale, connue sous le nom de « galamsey » au Ghana, se heurte à une contradiction institutionnelle majeure. Des révélations récentes pointent la responsabilité de certaines assemblées locales qui, en percevant des taxes auprès des opérateurs illégaux, légitiment de facto des activités pourtant proscrites par la loi.
Une fiscalité parallèle sur des activités prohibées
Des enquêtes journalistiques ont mis en lumière un système de taxation mis en place par des autorités municipales et de district, notamment dans la région d'Ashanti. En échange de paiements formels — matérialisés par des reçus et des vignettes — les exploitants illégaux, utilisant parfois des équipements lourds comme des excavatrices ou des machines « changfan » interdites, obtiennent une forme de tolérance administrative. Ces prélèvements, qui atteindraient environ 6 000 GH¢ par an pour certaines machines, créent une incitation financière directe au maintien de pratiques destructrices pour l'environnement.
Le cadre juridique face à la complicité administrative
Ing. Ken Ashigbey, responsable de la Media Coalition Against Galamsey, souligne que ces pratiques contreviennent directement à la loi sur les mines et les minéraux (amendée en 2019). Ce texte criminalise non seulement l'extraction non autorisée, mais également tout acte visant à faciliter, encourager ou promouvoir des activités illégales. En acceptant des fonds de la part d'opérateurs dépourvus de permis environnementaux, les responsables locaux s'exposent, en théorie, à des poursuites pénales pour complicité.
L'impératif d'une réponse étatique cohérente
Face à l'ampleur du phénomène, qui dépasse le cadre d'un seul district, le gouvernement ghanéen a ordonné l'arrêt immédiat de toute taxation sur les équipements miniers illégaux. Le président a rappelé que les revenus générés par les assemblées locales ne peuvent en aucun cas provenir d'activités illicites. Malgré ces directives, la persistance de ces pratiques soulève des interrogations sur l'efficacité de la décentralisation dans la gestion des ressources naturelles. La question demeure de savoir si les autorités centrales parviendront à sanctionner les responsables locaux impliqués, alors que l'impact environnemental du galamsey continue de menacer les écosystèmes et les ressources en eau du pays.