Si les Forces armées soudanaises (SAF) ont engrangé des succès militaires cet été, notamment sur l'axe stratégique reliant Khartoum à El-Obeid, une victoire totale sur les Forces de soutien rapide (RSF) semble illusoire. Loin de clore le conflit, une défaite des paramilitaires risque de morceler le pays en une multitude de milices autonomes aux agendas politiques divergents.
Une victoire militaire sans résolution politique
La dynamique actuelle illustre un décalage croissant entre les succès sur le terrain et la stabilité nationale. Tandis que l'armée progresse dans le centre du pays, elle perd du terrain dans l'État du Nil Bleu, où les RSF et leurs alliés, comme le Mouvement de libération du peuple soudanais-Nord, ont repris des positions clés. Cette situation démontre que la capacité de nuisance des RSF dépasse largement leurs bastions traditionnels du Darfour, rendant toute perspective de victoire rapide caduque.
Le défi de l'intégration des milices alliées
La dépendance de l'armée envers des groupes armés disparates constitue une faille structurelle majeure. Des factions signataires de l'Accord de paix de Juba, comme le Mouvement pour la justice et l'égalité, conservent une autonomie militaire qui contredit les promesses d'intégration formulées par le commandement des SAF. Malgré les avertissements répétés de hauts gradés sur le danger que représentent ces milices « populaires » non structurées, aucun mécanisme de désarmement ou d'unification sous un commandement unique n'a été réellement mis en œuvre.
La menace d'une atomisation des forces
La fragmentation ne touche pas seulement le camp gouvernemental, mais aussi les RSF, dont les défections successives créent des unités mobiles échappant à tout contrôle centralisé. Ce phénomène de « franchise » militaire, où des commandants conservent leurs hommes et leurs équipements, menace de transformer le Soudan en un territoire contrôlé par des entrepreneurs politiques armés. L'exemple d'Abu Aqla Keikel, qui a navigué entre les deux camps, souligne la volatilité des allégeances.
L'ombre des mouvements islamistes
La question du « jour d'après » est également obscurcie par le rôle des brigades islamistes, comme al-Baraa ibn Malik. Bien que certains éléments aient entamé un retrait tactique face à la pression internationale, leur influence politique demeure intacte. Les anciens cadres du régime d'Omar el-Béchir, au sein du Parti du Congrès national, envisagent déjà un retour au pouvoir par les urnes, s'appuyant sur ces brigades aguerries qui, une fois la guerre terminée, pourraient refuser de déposer les armes sans un règlement politique garantissant leurs intérêts.