Le départ récent du sélectionneur Carlos Queiroz, après une série de résultats décevants, illustre la tendance récurrente du football ghanéen à faire du changement d'entraîneur l'unique réponse à ses échecs. Pourtant, la persistance des contre-performances des Black Stars, bien au-delà du mandat d'un seul technicien, souligne une crise systémique qui dépasse largement le cadre du banc de touche.
Un cycle d'échecs persistant
Les statistiques récentes des Black Stars témoignent d'une instabilité chronique : une élimination précoce à la CAN 2023, suivie d'un échec cuisant lors des qualifications pour la CAN 2025, où l'équipe n'a enregistré aucune victoire en six rencontres. Le passage de Carlos Queiroz, marqué par cinq défaites en sept matchs, n'est que le symptôme le plus récent d'une érosion des résultats qui s'inscrit dans la durée. Cette répétition d'échecs sous différentes directions techniques démontre que le problème ne réside pas dans la tactique individuelle, mais dans une incapacité à maintenir un niveau de performance constant sur le long terme.
La fragilité des fondations nationales
Le football ghanéen souffre d'un déficit structurel majeur au niveau de ses clubs et de ses infrastructures. En mars 2026, les données de la Fédération ghanéenne de football (GFA) révélaient qu'à peine sept des dix-huit clubs de la Premier League possédaient leurs propres installations, et seulement quatre disposaient de leur propre stade. Cette absence de bases commerciales et matérielles solides empêche la création d'un écosystème capable de former et de préparer les joueurs de manière professionnelle. Le plan de développement du gouvernement pour la période 2026-2029 confirme d'ailleurs que le manque d'infrastructures sportives, notamment en milieu scolaire, freine l'identification précoce des talents.
Vers une refonte du système de production
Si la GFA a initié des investissements, comme l'allocation de 1,8 million de GH¢ pour la formation de 600 entraîneurs et des aides financières aux clubs, la question de l'efficacité de ces fonds reste posée. Le ministre des Sports, Kofi Iddie Adams, a récemment souligné la nécessité de reconstruire le football depuis la base. Pour transformer le talent brut — dont témoignent des joueurs comme Mohammed Kudus ou Thomas Partey — en une force collective, le Ghana doit désormais articuler une stratégie cohérente reliant le football scolaire, les académies, le championnat national et les sélections. La réussite future ne dépendra pas du prochain nom inscrit sur la feuille de match, mais de la capacité du pays à bâtir une pyramide footballistique où la formation, le scouting et la gestion des clubs deviennent des piliers pérennes plutôt que des variables d'ajustement.