Chaque année, la publication des résultats du Basic Education Certificate Examination (BECE) au Ghana déclenche un débat national focalisé sur la performance des élèves. Pourtant, cette analyse occulte une réalité plus profonde : les disparités criantes dans la qualité de l'enseignement reçu, qui conditionnent les résultats bien avant l'examen final.
La fracture éducative précède l'examen
L'idée que tous les élèves sont évalués sur une base égale est contredite par la réalité du terrain. Les données du test national standardisé de 2024 révèlent qu'une part importante des apprenants n'atteint pas les compétences de base en mathématiques (45,27 %) et en anglais (50,33 %). Ces difficultés, accumulées dès le primaire, se cristallisent lors du BECE. Le problème est exacerbé par une répartition inégale des ressources humaines : environ un district sur cinq fait face à une pénurie sévère d'enseignants, une situation qui touche aussi bien les zones rurales que les périphéries urbaines d'Accra ou de Kumasi.
Le poids des disparités économiques
L'accès à une éducation de qualité reste fortement corrélé au niveau de revenu des familles. Les ménages les plus aisés peuvent pallier les carences du système public par des cours privés et du matériel pédagogique supplémentaire. À l'inverse, les enfants issus de milieux défavorisés subissent une double peine, le financement public de l'éducation étant, selon les analyses, inégalement distribué au profit des foyers les plus riches. Cette dynamique compromet la promesse de l'éducation comme vecteur de mobilité sociale.
Réformer pour garantir l'efficacité du Free SHS
Si la politique du « Free Senior High School » (SHS) a permis d'élargir l'accès au secondaire, elle ne résout pas les lacunes accumulées durant le cycle de base. Avec un investissement récent de 300 millions de dollars de la Banque mondiale pour renforcer le secondaire, le défi est désormais de connecter les deux cycles. Pour transformer l'accès en réussite, trois leviers sont identifiés : systématiser l'intervention précoce pour les élèves en difficulté, allouer les ressources budgétaires et humaines en fonction des besoins réels des écoles, et intégrer un soutien aux compétences fondamentales dès la première année du lycée.
Une responsabilité politique accrue
La réussite scolaire ne peut reposer uniquement sur l'effort individuel de l'élève. La pérennité du système éducatif ghanéen dépend de la capacité des autorités à créer des conditions d'apprentissage homogènes. L'enjeu est de passer d'une logique de simple accès à une exigence de qualité, où la réussite ne dépend plus du code postal ou du statut socio-économique de la famille, mais d'un accompagnement pédagogique structuré et équitable.