Au-delà des quotas : le défi de l'autonomisation réelle des femmes rurales face au climat

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 35 lectures
Au-delà des quotas : le défi de l'autonomisation réelle des femmes rurales face au climat

La participation des femmes rurales aux instances de décision environnementales demeure largement symbolique, entravée par des structures patriarcales et une précarité croissante. Sokhna Dié Ka Dia, directrice du Hub de Dakar de Natural Justice, plaide pour une transition urgente vers un pouvoir d'agir réel, condition sine qua non de la justice climatique.

Le paradoxe de la représentation numérique

Si la présence des femmes dans les instances de gouvernance est souvent mise en avant, elle masque une réalité de sous-représentation dans les postes stratégiques. Cette « participation de façade » réduit les femmes à un statut de bénéficiaires passives de projets d'assistance, occultant leur rôle central dans l'économie et la gestion des ressources naturelles. Pour Sokhna Dié Ka Dia, l'enjeu est de passer d'une logique de vulnérabilité à une citoyenneté active, capable d'influencer les budgets et les textes juridiques pour garantir la sécurité alimentaire et la résilience des communautés.

Les barrières systémiques au leadership féminin

L'écart entre la représentation et le pouvoir décisionnel s'explique par une accumulation d'obstacles. Les normes coutumières patriarcales limitent l'accès des femmes à la terre, tandis que la « pauvreté en temps », aggravée par le dérèglement climatique, les contraint à consacrer l'essentiel de leur énergie aux tâches de subsistance. À ces freins socioculturels s'ajoutent des barrières institutionnelles, telles que la technicité du langage juridique et la rétention d'information. Le phénomène de « capture par les élites » au sein même des organisations féminines, où un petit groupe accapare les ressources au détriment de la base, constitue un frein supplémentaire à une autonomisation collective.

Vers une transformation structurelle par l'alphabétisation juridique

Pour briser ce plafond de verre, des initiatives de terrain misent sur l'alphabétisation juridique et le renforcement des capacités en langues locales. L'utilisation d'outils de mesure, tels que les indicateurs de suivi du pouvoir décisionnel, permet désormais de cartographier la déconnexion entre la présence numérique et l'influence réelle, notamment dans des zones comme Bargny. Ces données factuelles servent de levier pour interpeller les décideurs publics.

Une coalition pour porter le changement à l'échelle nationale

Le passage à l'échelle nationale repose sur la pérennisation de cliniques juridiques et le déploiement de programmes de leadership transformationnel dans de nouveaux écosystèmes, comme le bassin arachidier. Une coalition regroupant société civile, chercheurs, parlementaires et réseaux de femmes a été lancée pour porter ces revendications au plus haut niveau. L'objectif est clair : transformer les indicateurs de pouvoir en outils de redevabilité pour contraindre les institutions à appliquer une parité effective, au-delà des simples quotas de présence.

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