Au Burkina Faso, les pesticides menacent santé, environnement et sécurité alimentaire

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 38 lectures
Au Burkina Faso, les pesticides menacent santé, environnement et sécurité alimentaire

L’agriculture burkinabè dépend massivement des pesticides, mais leur utilisation anarchique menace la santé des producteurs, la qualité des aliments et l’équilibre écologique. Entre risques sanitaires avérés, pollution des sols et des eaux, et pratiques agricoles défaillantes, le pays doit urgemment repenser sa stratégie phytosanitaire.

Des substances toxiques aux effets dévastateurs sur la santé

Les pesticides, qu’ils soient insecticides, fongicides ou herbicides, pénètrent dans l’organisme par trois voies principales : cutanée, digestive et respiratoire. Leur toxicité s’exerce à court terme – intoxications aiguës se manifestant par des vertiges, des brûlures cutanées ou des troubles respiratoires – comme à long terme, avec des risques de cancers, de perturbations endocriniennes, de stérilité ou de maladies neurodégénératives. Plusieurs matières actives, comme le dichlorvos ou le chlorpyriphos, sont déjà interdites par le Comité sahélien des pesticides (CSP) en raison de leur dangerosité.

Les études locales confirment ces dangers : une recherche publiée en 2023 révèle que les agriculteurs exposés aux pesticides souffrent de troubles respiratoires, tandis qu’une autre, datée de 2024, met en évidence des atteintes à la fonction pulmonaire. Pourtant, les bonnes pratiques agricoles, comme le respect des délais avant récolte ou des limites maximales de résidus, restent largement ignorées, notamment en raison d’un faible niveau d’alphabétisation des producteurs.

Une contamination généralisée des aliments et des écosystèmes

Les résidus de pesticides se retrouvent dans les assiettes lorsque les délais de sécurité ne sont pas respectés ou que les doses appliquées dépassent les normes. Les légumes, fruits et céréales, notamment ceux issus des cultures maraîchères, deviennent ainsi des vecteurs de substances toxiques. La situation est aggravée par le mauvais stockage des emballages usagés, souvent jetés dans la nature ou enterrés, contaminant les sols et les nappes phréatiques. Une étude de 2020 montre que 70 % des maraîchers burkinabè abandonnent leurs déchets de pesticides dans l’environnement, tandis que d’autres les incinèrent ou les enfouissent, aggravant la pollution.

Les conséquences environnementales sont multiples : perturbation des écosystèmes aquatiques, modification des paramètres physico-chimiques de l’eau (pH, oxygène, turbidité) et accumulation de métaux lourds, comme le mercure, utilisé dans l’orpaillage artisanal. Ces polluants, drainés vers les rivières et les marigots, menacent la biodiversité et la sécurité alimentaire des populations riveraines.

Des solutions existent, mais leur application reste insuffisante

Pour limiter les risques, les experts recommandent un encadrement strict des pesticides, avec la création de boutiques agréées pour leur distribution, comme le fait déjà la SONAGESS pour les intrants agricoles. Le stockage sécurisé et la destruction contrôlée des emballages usagés, selon les normes ISO 14001, pourraient réduire la pollution. Les autorités sont aussi appelées à former les agriculteurs aux bonnes pratiques, en intégrant des modules sur les doses journalières admissibles (DJA), les limites maximales de résidus (LMR) et les délais avant récolte (DAR), dans les langues locales pour une meilleure appropriation.

Cependant, la libre commercialisation de produits non homologués ou cancérigènes, ainsi que le manque de moyens des producteurs, freinent ces avancées. Une saisie récente de 1,29 tonne de pesticides interdits, dont de l’atrazine, illustre l’ampleur du trafic et la nécessité d’un contrôle accru. Sans une régulation renforcée et une sensibilisation accrue, les pesticides continueront de peser sur la santé publique et l’environnement au Burkina Faso.

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