À Bobo-Dioulasso, des enseignants burkinabè ont combiné visite historique et débat public pour réhabiliter l’image d’une profession en perte de prestige. Le Collectif des enseignants du Burkina Faso a organisé une journée de réflexion autour de la figure de la Princesse Guimbi Ouattara, symbole de leadership, avant d’aborder les défis contemporains du métier d’éducateur.
Un hommage à Guimbi Ouattara, icône de leadership féminin
Le choix du mausolée de la Princesse Guimbi Ouattara comme cadre de leur rencontre n’est pas anodin. Pour Fatimata Lankouandé, présidente du Collectif, cette figure historique incarne un modèle de leadership inspirant, dont la mémoire doit servir de levier pour repenser le rôle social de l’enseignant. « Nous voulons mieux connaître son parcours pour nous en inspirer », a-t-elle expliqué, soulignant l’importance de s’ancrer dans l’histoire nationale pour mieux appréhender les enjeux actuels.
La conférence : entre héritage colonial et responsabilité individuelle
Sansan Didier Da, conférencier invité, a retracé l’évolution de l’image de l’enseignant, des sociétés précoloniales à l’époque contemporaine. Son analyse met en lumière une dégradation progressive du prestige social de la profession, souvent corrélée à la précarité économique des éducateurs. « La perte de statut n’est pas une fatalité », a-t-il affirmé, insistant sur le rôle clé de l’exemplarité personnelle et du professionnalisme dans la reconquête de l’autorité morale.
Le conférencier a également comparé la situation burkinabè à celle d’autres pays, où des réformes structurelles ont permis de revaloriser le métier. Une piste qui pourrait inspirer des actions concrètes au Burkina Faso, où les conditions d’exercice restent difficiles.
L’autorité de l’enseignant, un triptyque à reconstruire
Pour le chef des Dioula, Ton massa Moumouni Ouattara, la restauration de l’image de l’éducateur passe par trois piliers : avoir de l’autorité, faire autorité et être l’autorité. Il souligne que cette dynamique ne dépend pas uniquement des enseignants, mais aussi de la société et des pouvoirs publics. « Une nation bien éduquée est une nation qui a tous les leviers en main pour le développement », a-t-il rappelé, appelant à une mobilisation collective pour améliorer les conditions de travail et revaloriser la profession.
Vers une mobilisation durable des éducateurs ?
La journée s’est conclue par un appel à l’action : les participants sont invités à devenir des « ambassadeurs » de leur métier, relayant les messages de professionnalisme et d’exemplarité auprès de leurs pairs. Une initiative qui pourrait s’inscrire dans une stratégie plus large de plaidoyer, si elle est suivie d’effets concrets. Reste à voir si ces efforts suffiront à inverser la tendance, dans un contexte où les défis économiques et sociaux pèsent lourdement sur le secteur éducatif.