Attaques ukrainiennes sur les datacenters Yandex : pourquoi la chute du trafic de bots ne signifie pas la fin de la désinformation russe

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 17 lectures
Attaques ukrainiennes sur les datacenters Yandex : pourquoi la chute du trafic de bots ne signifie pas la fin de la désinformation russe

Des frappes ukrainiennes ont visé trois datacenters du moteur de recherche russe Yandex depuis le 7 octobre, entraînant une chute du trafic de bots détectée par Cloudflare Radar. Cette baisse, souvent présentée comme un affaiblissement des réseaux de désinformation russes, est en réalité liée à l’activité des robots d’indexation du moteur, pas à celle de comptes automatisés de propagande.

Cloudflare Radar mesure une réduction du trafic d’indexation

Le 8 octobre, un graphique publié par Cloudflare montrait une diminution de 49 % du trafic de « bots » sur le serveur Yandex (AS13238). Le même indicateur restait bas le 12 octobre. Selon Cloudflare, le terme « trafic de bots » désigne les requêtes automatisées adressées aux sites web, notamment les crawlers qui parcourent le Web pour indexer les pages. Il ne s’agit donc pas de comptes sociaux diffusant de la désinformation.

Mauvaise lecture du mot « bot » dans le débat public

Des internautes et même un eurodéputé tchèque ont extrapolé ces chiffres pour affirmer une chute de 56 % de l’activité en ligne autour du parti d’extrême droite allemand AfD, ou encore pour suggérer un impact sur les élections de mi-mandat aux États-Unis. Les graphiques partagés ne comportaient aucune source fiable et présentaient des axes irréguliers, ce qui rend leurs conclusions douteuses. Le chercheur Raphael Wimmer a souligné que l’axe des ordonnées était manipulé et que le graphique affichait des dates futures (jusqu’au 15 octobre 2026) alors qu’il était diffusé le 11 octobre.

Les spécialistes de la désinformation contestent la baisse réelle

Josef Holnburger, directeur de CeMAS, et Louis Pétiniaud, chercheur au GEODE, affirment ne pas avoir observé de ralentissement des campagnes de désinformation russes suite aux attaques. Pétiniaud admet toutefois que les frappes pourraient toucher certaines infrastructures de production automatisée de contenus, mais rappelle que les réseaux de bots russes s’appuient largement sur des serveurs situés en Europe et aux États-Unis, pas uniquement en Russie.

Conséquences pour le discours politique et la perception du public

La confusion entre bots d’indexation et bots de propagande alimente des narratives simplistes sur l’efficacité des attaques ukrainiennes contre la désinformation. Elle montre aussi la facilité avec laquelle des données techniques peuvent être détournées pour soutenir des positions politiques, notamment en Europe où le soutien à l’AfD est scruté. Une interprétation correcte des indicateurs techniques est donc essentielle pour éviter de légitimer des conclusions infondées sur la capacité de la Russie à manipuler l’opinion publique.

Le Briefing KUMBA

L'essentiel de l'actu panafricaine, chaque matin par email.

Discussion

Commentaires

Les commentaires sont modérés avant publication. Respectez les personnes et le débat.

Aucun commentaire publié pour le moment.

Soyez le premier à participer à la discussion.

Votre pays

KUMBA priorisera les contenus de ce pays.

Aucun pays trouvé.