Atiku relance le débat sur les subventions au Nigeria : une alternative crédible ou un coup politique ?

Par Rédaction KUMBA 4 min de lecture 18 lectures
Atiku relance le débat sur les subventions au Nigeria : une alternative crédible ou un coup politique ?

Le Nigeria est plongé dans un débat économique et social brûlant : faut-il rétablir des subventions sur le carburant, et sous quelle forme ? La proposition d’Atiku Abubakar, candidat de l’ADC, de subventionner la production plutôt que les prix à la pompe, relance une discussion que le gouvernement de Bola Tinubu avait cru enterrer en 2023. Mais avec une inflation record et un mécontentement populaire grandissant, cette idée séduit une partie de l’opinion.

La suppression des subventions : un remède pire que le mal ?

En mai 2023, Bola Tinubu a supprimé les subventions sur le carburant, justifiant cette décision par la nécessité de sauver une économie en crise et de mettre fin à un système jugé corrompu. Trois ans après l’instauration de cette mesure, les résultats sont mitigés : si le gouvernement met en avant les 5 500 milliards de nairas redistribués aux États en juillet 2024, les Nigérians peinent à en ressentir les bénéfices. Les gouverneurs, désormais mieux lotis financièrement, privilégient des projets symboliques comme des ponts surdimensionnés plutôt que des infrastructures essentielles comme les routes rurales ou les hôpitaux.

Le paradoxe est frappant : alors que les recettes pétrolières augmentent, la pauvreté s’aggrave. Les ménages subissent de plein fouet la hausse des prix des transports et des denrées alimentaires, tandis que les promesses de retombées économiques futures restent floues. Pour beaucoup, la suppression des subventions a été une amputation sans béquille.

Atiku propose une subvention « intelligente » : et si c’était la solution ?

Face à l’échec relatif de la réforme de Tinubu, Atiku Abubakar, candidat de l’ADC, avance une alternative : plutôt que de subventionner directement les prix à la pompe, l’État pourrait soutenir la production de carburant pour en réduire les coûts. Cette approche, déjà testée dans d’autres pays, vise à faire baisser les prix sans fausser le marché. Le gouvernement actuel, qui a récemment adopté un crédit d’impôt pour les producteurs pétroliers, semble d’ailleurs en appliquer une forme déguisée.

Cependant, cette proposition soulève des questions : où trouver les fonds nécessaires ? Atiku pointe du doigt le gaspillage des ressources publiques, comme les dépenses somptuaires en avions présidentiels ou les projets pharaoniques aux coûts opaques. Une réorientation des priorités budgétaires pourrait-elle financer cette subvention sans alourdir la dette ?

Tinubu face à son propre dilemme : leadership ou indifférence ?

Avec 32 gouverneurs et une majorité au Parlement sous la bannière de son parti, Bola Tinubu dispose d’un pouvoir politique sans précédent. Pourtant, il n’a pas su mobiliser cette force pour imposer des standards minimaux de redistribution des richesses générées par la suppression des subventions. Les gouverneurs, souvent accusés de clientélisme, ont transformé les fonds supplémentaires en projets de prestige plutôt qu’en filets sociaux.

Le président, autrefois critique envers les pressions occidentales sur la transition énergétique, semble aujourd’hui ignorer les souffrances des plus pauvres. Sa comparaison métaphorique du « rat d’église » affamé, qui n’a d’autre choix que de consommer une hostie empoisonnée, résume l’état d’esprit actuel : une politique économique qui sacrifie le court terme au nom d’un futur hypothétique, sans filet de sécurité pour les plus vulnérables.

Populisme ou pragmatisme ? Le débat qui divise

Le gouvernement qualifie la proposition d’Atiku de « populiste », mais refuse d’avancer des alternatives concrètes pour soulager la population. Pourtant, l’idée d’une subvention ciblée sur la production pourrait offrir un compromis : réduire les prix sans recréer les dérives du système précédent. Le risque, en revanche, est de voir cette mesure détournée ou mal gérée, comme ce fut le cas par le passé.

Alors que les élections approchent, le débat dépasse le cadre économique : il s’agit de savoir si l’État peut encore jouer son rôle de protecteur des citoyens, ou s’il préfère sacrifier le bien-être immédiat sur l’autel d’une orthodoxie libérale mal assumée. Une chose est sûre : les Nigérians, confrontés à l’augmentation du coût de la vie, ne se contenteront pas de promesses lointaines.

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