L’ancien vice-président nigérian Atiku Abubakar et son parti, l’African Democratic Congress (ADC), ont saisi la justice pour contester l’éligibilité de Bola Tinubu à se présenter à l’élection présidentielle de 2027. Leur argumentaire repose sur des irrégularités présumées dans son certificat de service national, relançant ainsi une bataille juridique aux implications constitutionnelles majeures.
Une contestation fondée sur un certificat NYSC controversé
Atiku Abubakar et l’ADC ont déposé un recours devant la Haute Cour fédérale d’Abuja, exigeant que la justice déclare Bola Tinubu inéligible à concourir en 2027. Leur principal grief porte sur une prétendue incohérence entre le nom indiqué sur son certificat de service national (NYSC) – « Tinubu Bola Adekunle » – et celui sous lequel il est connu, « Bola Ahmed Tinubu ». Les plaignants estiment que cette divergence pourrait affecter sa qualification constitutionnelle, invoquant l’article 137(1)(j) de la Constitution nigériane, qui sanctionne la présentation de documents falsifiés auprès de l’INEC.
Ils contestent également la validité même du certificat, affirmant qu’il n’aurait pas été obtenu par Tinubu. La demande inclut une injonction pour que l’INEC produise les formulaires CF001 soumis par le président pour les élections de 2023 et 2027, documents que Atiku affirme n’avoir pu obtenir malgré ses demandes.
Un désaccord procédural retarde l’examen du dossier
La procédure a été marquée par un différend entre les avocats des parties sur la manière de signifier les actes à Bola Tinubu. Joseph Onu, représentant Atiku, a sollicité l’autorisation de recourir à une signification substitutive, arguant de l’impossibilité de remettre personnellement les documents au président. En réponse, Omosanya Popoola, avocat de Tinubu, a proposé de recevoir les actes en audience publique pour les transmettre à son client. Cependant, Onu a exigé une garantie écrite de Popoola, confirmant qu’il agissait sur instruction de Tinubu – une condition rejetée par ce dernier. Le juge Inyang Ekwo a ajourné l’affaire au 28 septembre pour permettre aux plaignants de régulariser la signification.
Une stratégie juridique qui s’inscrit dans une offensive plus large
Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à contester la légitimité de Bola Tinubu, déjà engagée lors du cycle électoral de 2023. À l’époque, Atiku avait tenté de faire invalider la candidature de Tinubu en s’appuyant sur un jugement américain des années 1990, ordonnant la confiscation de fonds liés à des affaires de narcotrafic présumées. La Cour suprême avait finalement rejeté cet argument, estimant qu’il ne suffisait pas de disqualifier le candidat. Désormais, l’opposition élargit son offensive en ciblant les documents administratifs de Tinubu, notamment ses certificats scolaires, dont la présentation partielle à l’INEC avait suscité des polémiques. Parallèlement, des procédures judiciaires sont en cours aux États-Unis pour obtenir des détails sur cette enquête pour trafic de stupéfiants.
Enjeux constitutionnels et risques pour la crédibilité du processus électoral
Au-delà de l’affaire spécifique, ce recours soulève des questions fondamentales sur l’interprétation des critères d’éligibilité présidentielle au Nigeria. Les plaignants invoquent non seulement des dispositions constitutionnelles, mais aussi des conflits potentiels avec la loi électorale de 2026, qu’ils jugent restrictive. Leur argumentaire repose sur le principe selon lequel la Constitution prime sur les lois ordinaires, une position qui pourrait avoir des répercussions sur l’équilibre des pouvoirs et la stabilité juridique du pays à l’approche d’un scrutin crucial. La décision de la justice fédérale, attendue après le 28 septembre, pourrait ainsi redéfinir les contours de la compétition politique nigériane pour les années à venir.