Le candidat de l'African Democratic Congress, Atiku Abubakar, a dévoilé un programme de douze points qu'il promet de mettre en œuvre dès son éventuel mandat de 2027. Cette « stratégie kitchen‑sink » – qui consiste à proposer une panoplie de mesures sans hiérarchisation – est perçue comme un pari populiste plutôt que comme un plan de gouvernance structuré.
Un programme de douze engagements aux ambitions multiples
Parmi les promesses les plus visibles, Atiku veut restaurer la subvention à la pompe, appliquer le jugement de la Cour suprême sur l’autonomie des collectivités locales, renforcer la sécurité nationale en un an, et réformer la répartition des compétences entre l’État fédéral et les entités subnationales. Il ajoute la mise en œuvre du rapport Oronsaye pour rationaliser l’appareil public et le réintégration du Niger, du Mali et du Burkina Faso au sein de la CEDEAO. Aucun de ces points n’est accompagné d’une analyse détaillée des moyens, des coûts ou des compromis nécessaires.
Des promesses qui soulèvent des questions de faisabilité
La restauration de la subvention carburant, par exemple, repose sur le principe « le subvention suit le baril », c’est‑à‑dire que les raffineries locales recevraient du brut à prix réduit pour revendre du carburant moins cher. Cette formule implique une intervention étatique profonde dans le secteur privé, la fixation de prix de vente, le suivi de l’utilisation du brut subventionné et la garantie d’un approvisionnement constant – des défis qui n’ont pas été abordés. De même, la décentralisation des compétences exige une refonte de la liste législative exclusive et concurrente, ainsi que des négociations avec les gouverneurs d’État, processus qui, selon les précédents, peuvent prendre plusieurs années et nécessiter un consensus national.
Une guerre judiciaire contre le président sortant
Parallèlement à son programme, Atiku a intensifié les actions en justice contre le président Bola Tinubu. Il a mandaté un cabinet de lobbying américain pour rechercher des documents liés à une enquête américaine sur le trafic de drogue, puis les a transmis au Congrès et à la Maison Blanche, malgré la décision de la Cour suprême de 2023 qui a jugé que la confiscation de 460 000 $ ne constituait pas une disqualification pénale. Sur le plan national, il a saisi la Haute Cour fédérale d’Abuja pour demander la disqualification de Tinubu, invoquant un prétendu certificat du Service national de la jeunesse falsifié. Les instances électorales et judiciaires ont déjà confirmé l’éligibilité de Tinubu, ce qui rend ces démarches peu susceptibles d’influencer le scrutin de 2027.
Enjeux pour les électeurs et les décideurs
Pour les électeurs, la question centrale reste de savoir si une campagne basée sur la quantité d’engagements peut se traduire en actions concrètes. Les décideurs économiques et les partenaires internationaux surveilleront la viabilité des promesses liées à la subvention énergétique et à la restructuration fédérale, deux leviers majeurs pour la stabilité macroéconomique du pays. En l’absence de feuille de route détaillée, la stratégie d’Atiku apparaît davantage comme un dispositif de mobilisation électorale que comme une feuille de route de gouvernance.