La gestion des fonds politiques et le respect des procédures budgétaires à l’Assemblée nationale sénégalaise sont au cœur d’une polémique. Un député dénonce un manque de transparence persistant, des décisions prises en dehors des cadres statutaires et l’utilisation de fonds non soumis au vote parlementaire.
Un système budgétaire opaque et des procédures contournées
Depuis deux sessions, les demandes d’éclaircissements sur les fonds politiques de l’institution restent sans réponse, selon le député Thierno Alassane Sall. Ce dernier pointe un dysfonctionnement structurel : la questure, chargée de rendre des comptes sur les salaires, les recrutements et les voyages, serait marginalisée. Des décisions clés, notamment sur les embauches, seraient prises directement entre une partie du groupe parlementaire Pastef et la présidence de l’Assemblée, en dehors du cadre réglementaire. Le député critique particulièrement l’arrivée de collaborateurs issus de Pastef, présentés comme des assistants parlementaires, alors que les besoins réels concerneraient des profils techniques ou administratifs.
Le cœur du débat réside dans la gestion des « fonds spéciaux », intégrés au budget sous une appellation ambiguë. Ces fonds, assimilés à des fonds politiques par le député, n’auraient jamais été soumis au vote de l’Assemblée nationale. Leur utilisation par la présidence de l’institution est qualifiée de détournement, d’autant que ces crédits ne doivent pas être confondus avec ceux alloués au renseignement par la présidence de la République, souligne le parlementaire.
Enjeux de légitimité et risques institutionnels
Cette affaire soulève des questions majeures sur la gouvernance parlementaire et la séparation des pouvoirs. Le contournement des procédures statutaires, notamment via des réunions informelles, fragilise la transparence et la redevabilité de l’institution. Les recrutements opérés en marge des canaux officiels risquent de politiser davantage l’administration de l’Assemblée, au détriment de son indépendance et de son efficacité.
Au-delà des tensions partisanes, c’est la crédibilité du processus budgétaire qui est en jeu. L’absence de validation parlementaire des fonds spéciaux interroge sur leur nature réelle et leur destination. Si ces pratiques se généralisent, elles pourraient saper la confiance des citoyens dans les institutions démocratiques, déjà fragilisée par des accusations récurrentes de clientélisme et de manque de transparence.