Un député sénégalais alerte sur une possible dérive dans la promotion des langues nationales par une institution publique. Abdou Karim Sall, député-maire de Mbao, critique la publication par l’Assemblée nationale d’un texte en français et en wolof, estimant que cette initiative pourrait favoriser une langue au détriment des autres et fragiliser l’unité nationale.
Les faits essentiels
L’Assemblée nationale du Sénégal a rendu public un texte officiel en deux versions linguistiques : l’une en français, langue officielle du pays, et l’autre en wolof, l’une des langues nationales reconnues par la Constitution. Cette initiative a été pointée du doigt par Abdou Karim Sall, député-maire de Mbao, qui y voit une rupture d’équilibre dans la promotion des langues nationales.
Dans une publication sur sa page Facebook, le parlementaire s’appuie sur l’article premier de la Constitution sénégalaise pour rappeler que si le français reste la langue officielle, les langues nationales – dont le wolof, le diola, le malinké, le pular, le sérère et le soninké – doivent être traitées avec une égale considération. Il souligne que leur promotion ne doit pas se traduire par une préférence pour l’une d’entre elles, sous peine de créer des frustrations et des divisions.
Pourquoi c'est important
Cette prise de position met en lumière un enjeu central pour le Sénégal : l’équilibre entre la promotion des langues nationales et le respect de leur diversité. Une politique linguistique déséquilibrée pourrait, selon Abdou Karim Sall, alimenter des tensions communautaires ou des sentiments d’exclusion chez les locuteurs des autres langues nationales.
L’Assemblée nationale, en tant qu’institution symbolisant l’unité nationale, a une responsabilité particulière dans la gestion de cette diversité. Une communication officielle qui privilégie une langue nationale, même de manière involontaire, risque de fragiliser la cohésion sociale et de remettre en cause le principe constitutionnel d’égalité entre les citoyens, indépendamment de leur langue maternelle.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs éléments restent à observer dans les prochaines semaines. D’abord, la réaction de l’Assemblée nationale à cette critique : l’institution pourrait-elle ajuster sa politique de publication pour inclure davantage de langues nationales, ou maintenir une approche progressive centrée sur le wolof ?
Ensuite, la position des autres acteurs politiques et linguistiques : d’autres députés ou responsables institutionnels pourraient-ils rejoindre ou contester cette critique, et quelles propositions concrètes émergeront pour une promotion plus inclusive des langues nationales ?
Enfin, l’impact de ce débat sur l’opinion publique : une polarisation autour de la question linguistique pourrait-elle s’installer, ou au contraire, cette controverse servira-t-elle de catalyseur pour une réflexion plus large sur la valorisation de la diversité culturelle sénégalaise ?