Le gouverneur de l'État de Rivers, Siminalayi Fubara, a lancé une vaste opération de vérification des effectifs dans les vingt-trois zones de gouvernement local. Cette réforme, visant à assainir les finances publiques et à éliminer les irrégularités, soulève des questions cruciales sur la nécessité de dépasser la simple suppression de noms pour démanteler les réseaux de fraude systémique.
Une réalité statistique alarmante
Les audits récents révèlent l'ampleur des fuites financières au sein de l'administration. Avant l'intervention, le fichier de la fonction publique comptait environ 43 000 employés, dont seulement 37 703 ont été confirmés par la biométrie, laissant apparaître 5 397 entrées frauduleuses ou non vérifiées. La situation est similaire pour les retraités, où plus de 5 800 comptes ont été identifiés comme fictifs. Ces mesures, déjà testées au niveau des ministères d'État, ont permis de réaliser des économies substantielles, atteignant 5 milliards de nairas sur un seul mois de salaire.
Le risque de l'amalgame administratif
L'analyse juridique souligne une distinction fondamentale entre deux types de « travailleurs fantômes ». Si certains sont des complices actifs, d'autres sont des citoyens innocents dont l'identité a été usurpée par des réseaux criminels à leur insu. Supprimer ces noms sans enquête approfondie revient à pénaliser des victimes tout en laissant les véritables architectes de la fraude dans l'ombre. Il est impératif que le gouvernement mette en place des mécanismes de recours pour permettre aux employés légitimes, potentiellement omis par erreur administrative, de faire valoir leurs droits conformément aux garanties constitutionnelles.
Vers une réforme structurelle et judiciaire
La réussite de cet assainissement ne peut se mesurer uniquement par les économies réalisées. Pour être pérenne, l'action de l'État doit s'inscrire dans une collaboration étroite avec les agences fédérales de lutte contre la corruption, telles que l'EFCC et l'ICPC. L'objectif est de tracer les flux financiers, d'identifier les bénéficiaires finaux des salaires détournés et d'engager des poursuites pénales pour faux, usage de faux et abus de pouvoir.
L'impératif technologique
L'expérience d'autres juridictions, comme l'État de Kogi ou le niveau fédéral nigérian, démontre que les audits ponctuels sont insuffisants si le système n'est pas modernisé. La transition vers une architecture de gestion du personnel intégrée et liée aux données biométriques nationales est indispensable. Cette transformation numérique doit s'accompagner d'une séparation stricte des fonctions entre le recrutement et la validation des paiements, afin de neutraliser les opportunités de collusion au sein de l'appareil bureaucratique.