Face à l'escalade des attaques des Houthis en mer Rouge et à la réticence des assureurs à couvrir les risques, l'Arabie Saoudite impose désormais à ses entités privées de maintenir des garanties pour les navires pétroliers, même en cas de menaces avérées. Cette décision, prise dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, vise à sécuriser les flux énergétiques du royaume tout en limitant l'impact des surcoûts sur son économie. Une mesure qui rappelle les dispositifs post-attentats du début des années 2000.
Une couverture obligatoire pour éviter l'effondrement des garanties
Les attaques répétées des Houthis contre les navires pétroliers et les infrastructures saoudiennes ont poussé les assureurs à réduire leurs engagements, voire à se retirer de certains contrats. Pour contrer cette tendance, le ministère saoudien des Finances mise sur un « pool » de réassureurs, une structure collective capable de mutualiser les risques et de couvrir jusqu’à 700 millions de riyals saoudiens (159 millions d’euros) en cas d’attaque. Saudi Re et Riyadh Re, deux acteurs locaux, seraient déjà mobilisés, avec la possibilité d’intégrer des partenaires internationaux.
L’objectif est double : stabiliser les tarifs des assurances et permettre aux pétroliers de naviguer malgré les menaces. Une approche similaire à celle adoptée par les États-Unis et le Royaume-Uni après les attentats du 11 septembre 2001 ou les attaques de l’IRA, où des dispositifs publics-privés avaient été mis en place pour couvrir les risques terroristes.
Les Houthis, nouvelle menace pour l'économie saoudienne
Depuis 2022, la trêve entre l’Arabie Saoudite et les Houthis a volé en éclats, et les attaques se sont multipliées, notamment après le 7 octobre 2023, date à laquelle les rebelles yéménites ont exprimé leur soutien à la cause palestinienne. Leur capacité à frapper des cibles saoudiennes s’est accrue grâce au soutien militaire iranien, tandis que le blocage du détroit d’Ormuz par Téhéran a redirigé une partie du trafic pétrolier vers la mer Rouge, la rendant encore plus stratégique – et vulnérable.
Le 20 juillet, les Houthis ont annoncé un blocus naval du détroit de Bab-el-Mandeb, une voie maritime essentielle pour le commerce mondial et le transport de 30 % du pétrole mondial. Cette mesure a exacerbé les craintes d’une paralysie partielle des exportations saoudiennes, déjà sous pression en raison de la hausse des primes d’assurance.
Un pari risqué pour Riyad
Si cette initiative pourrait temporairement rassurer les acteurs du secteur, elle soulève des questions sur sa viabilité à long terme. Les réassureurs locaux et internationaux pourraient hésiter à s’engager dans un marché aussi volatile, où les risques géopolitiques restent imprévisibles. Par ailleurs, l’échec d’une tentative similaire aux États-Unis – où une couverture publique soutenue par Chubb et AIG n’a jamais versé de prime – rappelle les limites de ces dispositifs.
Pour l’Arabie Saoudite, l’enjeu est de taille : protéger ses exportations sans alourdir davantage le coût de l’énergie, alors que la demande mondiale reste sensible aux fluctuations des prix. Une équation complexe, où la sécurité des flux pétroliers se heurte à la réalité des marchés assurantiels.