L’Arabie saoudite, prise en étau entre la nécessité de riposter et la volonté d’éviter une guerre régionale, intensifie ses frappes contre des milices pro-iraniennes tout en tentant de préserver sa stabilité économique et sécuritaire.
Un équilibre fragile entre dissuasion et désescalade
Depuis cinq mois, le Moyen-Orient est le théâtre d’un conflit larvé opposant l’Iran et ses alliés à une coalition menée par les États-Unis et leurs partenaires arabes. L’Arabie saoudite, bien que réticente à s’engager directement, a récemment mené des frappes conjointes avec Washington contre des milices irakiennes soutenues par Téhéran, accusées de lancer des drones vers son territoire. Cette escalade place Riyad face à un dilemme : poursuivre une stratégie de dissuasion par la force ou privilégier une approche diplomatique, voire financière, pour apaiser les tensions.
Les attaques récentes ciblent principalement les Forces de mobilisation populaire en Irak, un groupe paramilitaire accusé d’avoir mené une trentaine de frappes de drones contre l’Arabie saoudite. Ces représailles s’inscrivent dans un contexte où l’Iran étend son influence via des proxys au Yémen (les Houthis), au Liban (Hezbollah) et en Irak, tout en perturbant le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz et la mer Rouge.
Économie et sécurité : les deux fronts de Riyad
La prudence saoudienne s’explique par des enjeux stratégiques majeurs. Le royaume mise sur son plan « Vision 2030 », visant à diversifier son économie et à attirer des investissements étrangers, notamment dans des secteurs vulnérables comme les data centers. Or, une escalade prolongée menacerait ces ambitions : les infrastructures pétrolières, déjà ciblées en 2019 par des drones iraniens, restent une cible privilégiée. En juillet, des frappes sur l’aéroport de Sanaa (Yémen) ont provoqué des représailles houthies contre des aéroports saoudiens, tandis que les attaques contre le trafic maritime en mer Rouge perturbent les exportations de pétrole vers l’Asie.
Par ailleurs, l’Arabie saoudite a tenté, sans succès, de neutraliser militairement les Houthis pendant sept ans. Un cessez-le-feu précaire avait été instauré en 2022, mais les tensions resurgissent, combinant menaces venues du nord (Irak) et du sud (Yémen). Dans ce contexte, Riyad doit concilier fermeté militaire et recherche de stabilité, sous peine de voir ses projets économiques et sa sécurité nationale compromis.