La société Anthropic, créatrice de l'IA Claude, opère un virage stratégique vers les contrats de défense et la sécurité nationale américaine. Ce repositionnement, qui fait suite à des tensions avec le Pentagone, soulève des questions majeures sur l'usage futur de ses modèles et les risques de surveillance accrue des mouvements citoyens.
Un virage vers les contrats militaires
Après avoir été temporairement écartée des marchés du Pentagone, Anthropic cherche désormais à renforcer ses liens avec les agences de sécurité nationale. Cette volonté de renouer avec le secteur militaire se traduit par le recrutement de profils spécialisés dans les questions de défense. Ce changement de cap intervient après qu'un juge californien a invalidé l'exclusion de l'entreprise des marchés publics, estimant que ses positions critiques envers le gouvernement ne justifiaient pas une telle mesure de rétorsion.
Le risque d'une requalification des oppositions
Le débat se cristallise autour d'une proposition portée par l'organisation Americans for Responsible Innovation, visant à classer l'intelligence artificielle comme « infrastructure critique ». Si ce statut était adopté, il imposerait des obligations de signalement aux autorités fédérales, mais offrirait également aux laboratoires d'IA un accès privilégié aux renseignements d'État. Des observateurs craignent que cette architecture ne soit utilisée pour surveiller, voire criminaliser, les coalitions citoyennes qui s'opposent au développement massif des centres de données.
Les défis de la sécurité et de l'usage détourné
La question de la responsabilité des modèles d'IA reste centrale pour Anthropic, qui a récemment admis que sa technologie avait été détournée par des acteurs étatiques en Russie, en Chine, en Iran et au Yémen pour des activités d'espionnage ou de conception d'armement. Un cas documenté au Mali, où une plateforme utilisant Claude a permis de surveiller des millions de cartes SIM sans contrôle judiciaire, illustre les enjeux de sécurité publique posés par ces outils. Ces incidents renforcent la pression sur l'entreprise, qui tente de concilier ses ambitions commerciales avec des impératifs éthiques de plus en plus complexes à gérer à l'échelle internationale.