L'entreprise américaine de défense Anduril a annoncé un investissement massif de 6,6 milliards de dollars pour la construction d'un nouveau chantier naval près de Baltimore. Ce projet, baptisé Arsenal-2, ambitionne de transformer la production industrielle militaire grâce à ArsenalOS, une plateforme logicielle conçue pour piloter l'intégralité de la chaîne de fabrication.
Une infrastructure organisée autour du logiciel
Le site de Sparrows Point, destiné à la production de composants pour les sous-marins d'attaque de classe Virginia, repose sur un modèle de chantier « software-defined ». Anduril injecte 3,7 milliards de dollars de fonds privés dans cette infrastructure, complétés par un contrat de 2,9 milliards de dollars avec l'US Navy. La rémunération de l'industriel sera directement corrélée aux performances de production réelles, plaçant l'efficacité opérationnelle au cœur de l'accord.
ArsenalOS : la colonne vertébrale numérique
Au centre de cette stratégie se trouve ArsenalOS, un système conçu pour unifier la chaîne de valeur, de la conception initiale à la maintenance sur le terrain. Contrairement aux méthodes traditionnelles, ce logiciel automatise la répercussion des modifications de plans dans les instructions de travail, garantissant que les ateliers utilisent systématiquement les versions les plus récentes. Le système assure également un suivi granulaire des stocks et enregistre chaque étape de l'assemblage, permettant une traçabilité précise des opérations effectuées par les techniciens.
Défis technologiques et enjeux de souveraineté
Anduril justifie cette approche par l'évolution des conflits modernes, où la capacité de production industrielle devient un levier de dissuasion majeur. L'entreprise promet des gains d'efficacité significatifs et une adaptabilité accrue face aux changements de commandes. Toutefois, la viabilité de ce modèle reste à démontrer. Le système, qui centralise des données sensibles de production d'armement, soulève des questions sur la sécurité informatique, un aspect peu détaillé par l'industriel. Le chantier ne devrait pas entrer en phase de production avant 2030, date à laquelle l'US Navy pourra évaluer si cette transition vers une industrie pilotée par logiciel tient ses promesses sur le long terme.