Le sociologue André Luther Meka a dénoncé, dans l'émission Canal Presse du 30 août 2026, une hausse inquiétante des féminicides au Cameroun, qu'il attribue à une crise du lien social reposant sur deux piliers : la transformation des rapports de genre liée à la liberté d'expression et la logique du capitalisme sauvage.
Une crise de masculinité liée à la démocratie
Meka explique que l'ouverture démocratique, qui garantit la liberté d'expression, perturbe les modèles traditionnels du couple. Selon lui, les hommes qui ne parviennent plus à imposer leurs opinions par le discours se tournent alors vers la violence physique. Cette « crise de masculinité » se traduirait par des comportements coercitifs, voire meurtriers, lorsqu'ils perçoivent une perte d'autorité au sein du foyer.
Le rôle du capitalisme sauvage dans les motivations financières
Le deuxième facteur identifié par le sociologue est le « capitalisme sauvage », caractérisé par une recherche effrénée de gains monétaires. Il cite plusieurs affaires où les meurtres de femmes étaient motivés par l'appât du gain, comme le cas d'une victime jetée sous une voiture de luxe. Pour Meka, la quête d'une mobilité sociale à travers le mariage alimente cette dynamique, les hommes exploitant les aspirations économiques des femmes pour commettre des crimes.
Appel à une éducation conjugale par les ministères
Face à ces constats, Meka plaide pour une intervention des ministères concernés – notamment ceux de la famille, de la femme et de la protection sociale – afin d'intégrer l'éducation à la vie conjugale dans les programmes d'accompagnement des couples. Il estime que sensibiliser les futurs époux aux enjeux de l'égalité, de la communication non violente et des risques liés aux pressions économiques pourrait réduire le nombre de violences mortelles.
Enjeux pour les décideurs camerounais
Ces analyses soulignent la nécessité pour les autorités camerounaises de repenser les politiques publiques en matière de genre et d'économie. Au-delà de la répression judiciaire, il s'agit d'agir sur les racines culturelles et économiques qui nourrissent la violence contre les femmes, en combinant éducation, soutien social et régulation des pratiques économiques qui encouragent la précarité et la compétition financière au sein des ménages.