Face à une spirale de violence persistante dans le Sud-Est du Nigeria, Amnesty International a formellement interpellé les gouverneurs régionaux et le ministère fédéral de la Justice. L'organisation exige l'ouverture d'enquêtes indépendantes sur les exécutions extrajudiciaires, les disparitions forcées et les abus commis par les forces de sécurité, dénonçant un climat d'impunité généralisée.
Un bilan humain alarmant
Lors d'une rencontre à Umuahia, dans l'État d'Abia, l'organisation a rendu publics deux rapports accablants. Le premier documente pas moins de 1 844 décès enregistrés entre 2021 et mi-2023 à travers les États d'Abia, Anambra, Ebonyi, Enugu et Imo. Ces pertes en vies humaines s'inscrivent dans un contexte de confrontations brutales impliquant des groupes armés non étatiques et des unités de sécurité gouvernementales. Au-delà des chiffres, cette insécurité a provoqué le déplacement massif de communautés agricoles et une désorganisation profonde du système éducatif local.
Accusations contre l'unité « Tiger Base »
Le second rapport se concentre sur les pratiques alléguées de l'unité anti-enlèvement de la police de l'État d'Imo, connue sous le nom de « Tiger Base ». Les chercheurs d'Amnesty y détaillent des cas de détentions arbitraires prolongées, d'actes de torture physique, d'extorsion et de disparitions forcées. Des témoignages poignants recueillis lors de la présentation du rapport font état de familles sans nouvelles de leurs proches, arrêtés par des agents de l'État, parfois sans aucune trace officielle de leur détention, y compris dans des cas impliquant des mères séparées de leurs enfants.
Le défi de la responsabilité étatique
En réponse à ces accusations, le gouvernement de l'État d'Abia, par la voix de son ministère de la Justice, a réaffirmé son engagement contre les violations des droits humains. Bien que les autorités locales précisent ne pas avoir de contrôle direct sur les opérations policières fédérales, elles assurent disposer de mécanismes de réception des plaintes via le Département des droits des citoyens. Amnesty International insiste toutefois sur la nécessité de passer des procédures administratives à des poursuites judiciaires effectives, soulignant que l'absence d'enquêtes indépendantes alimente le cycle de violence qui frappe la région depuis le durcissement de la répression des mouvements pro-Biafra en 2015.
Un contexte sécuritaire complexe
La région du Sud-Est demeure marquée par une instabilité chronique, où les attaques contre les infrastructures publiques et les forces de l'ordre sont fréquentes. Si le groupe séparatiste IPOB nie toute implication dans ces violences, la situation reste volatile. Des données récentes suggèrent néanmoins une baisse de 50 % des attaques depuis l'incarcération, en 2025, d'une figure influente de l'agitation séparatiste, marquant une évolution potentielle dans la dynamique sécuritaire de la zone.