Lors du colloque international organisé par le Centre des hautes études de défense et de sécurité (CHEDS), le professeur Alioune Sall a plaidé pour un changement de paradigme dans la gestion des crises sur le continent. Il exhorte les États africains à abandonner une « résilience conservatrice » axée sur la simple survie pour adopter une approche transformatrice, capable d'agir sur les causes structurelles des vulnérabilités.
Vers une résilience proactive et institutionnelle
Pour le vice-président de la Commission du droit international de l'ONU, la capacité des sociétés africaines à encaisser les chocs ne doit plus être érigée en vertu cardinale. Cette forme d'endurance risque, selon lui, de figer les États dans une logique de survie permanente. Il préconise une « résilience transformatrice » qui place la prévention et le renforcement des capacités étatiques au cœur de l'action publique, transformant ainsi les vulnérabilités en leviers de développement durable.
La confiance comme infrastructure stratégique
La gouvernance occupe une place centrale dans cette réflexion. Alioune Sall souligne que la stabilité d'un État repose sur la confiance des citoyens envers leurs institutions. La corruption, une justice perçue comme dépendante ou l'abandon de certains territoires sont autant de facteurs qui érodent cette base. Dans cette optique, la démocratie ne peut se limiter à la tenue d'élections ; elle doit s'incarner dans une gouvernance continue, légitime et représentative, capable de maintenir un lien constant avec les populations.
Reconnaître la pluralité pour renforcer l'unité
Le juriste remet également en question les approches rigides de l'unité nationale qui assimilent la diversité à une menace. Il soutient qu'une organisation équitable des particularismes locaux est essentielle pour consolider la cohésion sociale. En s'appuyant sur les mécanismes africains de protection des droits de l'homme, qui reconnaissent des droits aux peuples en tant qu'entités collectives, il suggère que le continent possède déjà les outils juridiques nécessaires pour intégrer cette pluralité. L'enjeu est désormais d'adapter ces acquis pour répondre aux défis sécuritaires et environnementaux contemporains.