Le système éducatif algérien traverse une crise structurelle profonde, marquée par une baisse constante de la qualité des enseignements et des tensions idéologiques récurrentes autour des langues. Pour le pédagogue Ahmed Tessa, il est impératif de dépasser les querelles linguistiques artificielles pour engager une refondation globale de l'école, fondée sur des normes pédagogiques et scientifiques internationales.
Sortir de l'instrumentalisation idéologique
Le débat sur la place du français et de l'anglais est, selon Ahmed Tessa, un écran de fumée masquant une dégradation plus large des performances scolaires. L'expert dénonce une « guéguerre » linguistique alimentée par des courants idéologiques, notamment d'obédience wahabite, qui cherchent à évincer le français au détriment de la cohérence pédagogique. Cette pression politique a des conséquences concrètes : elle fragilise la maîtrise des langues chez les élèves et désoriente les enseignants, souvent recrutés sans formation adéquate pour répondre à des impératifs de changement rapide.
Les risques d'une transition linguistique précipitée
L'introduction de l'anglais au primaire, si elle n'est pas accompagnée d'une stratégie rigoureuse, menace de reproduire les échecs des années 1970 et 1980. Le remplacement forcé des enseignants de français par des profils non formés pour l'anglais risque de pénaliser durablement les élèves. Au-delà du coût pour le Trésor public, cette instabilité fragilise le socle fondamental de l'apprentissage. M. Tessa souligne que la maîtrise d'une langue exige des manuels attractifs, des méthodes éprouvées et, surtout, des enseignants formés, des conditions qui font défaut depuis trois décennies.
Un plan d'action pour la qualité
Pour redresser la barre, le pédagogue préconise de s'appuyer sur des documents techniques existants, tels que le rapport « École algérienne, le défi de la qualité – Horizon 2030 » de 2016, aujourd'hui délaissé. La refondation doit, selon lui, reposer sur une coordination étroite entre l'école, l'enseignement professionnel et l'université. L'objectif est d'instaurer un plurilinguisme de qualité et de valoriser les filières techniques, tout en protégeant le secteur éducatif des ingérences politiques.
Vers une souveraineté éducative
À long terme, la réussite de ce projet dépendra de la capacité de l'État à sanctuariser l'école. Cela implique une gestion rigoureuse de la démographie scolaire et une refonte du cahier des charges du secteur privé, afin que celui-ci s'aligne sur des standards d'excellence. Pour Ahmed Tessa, l'enjeu est de transformer l'école en un levier de développement, en substituant aux slogans idéologiques une exigence absolue de qualité pédagogique, seule garante de l'avenir des générations futures.