Le procureur de la République près le tribunal d'El Harrach a requis, ce mardi, une peine de 12 ans de prison ferme assortie d'une amende de cinq millions de dinars à l'encontre de plusieurs prévenus impliqués dans un vaste réseau de détournement de lait subventionné. Cette affaire, qualifiée par l'accusation de « manipulation de la nourriture des Algériens », met en lumière les enjeux critiques de la sécurité alimentaire et de la protection des deniers publics face à la criminalité économique organisée.
Un détournement au détriment des ménages
Le mécanisme de fraude reposait sur le détournement de poudre de lait et de sachets conditionnés, initialement destinés aux foyers à un prix plafonné de 25 dinars. Selon les éléments présentés à l'audience, ces produits étaient réorientés vers des activités commerciales non subventionnées, telles que la production de fromages et de crèmes glacées. Ce détournement, en plus de priver les familles du soutien étatique, a engendré des pénuries artificielles, contraignant l'État à accroître ses dépenses pour stabiliser l'approvisionnement du marché.
Multiples infractions aux normes commerciales et sanitaires
Au-delà de la spéculation illicite, les prévenus font face à une série de griefs liés à l'exercice illégal d'activités commerciales et au non-respect des normes d'hygiène. L'enquête a révélé l'absence d'agrément sanitaire obligatoire pour la manipulation de produits d'origine animale, ainsi que le transport de denrées périssables dans des véhicules non réfrigérés. Ces manquements, qualifiés de graves par l'agent judiciaire du Trésor, soulignent une négligence manifeste des conditions de stockage et de sécurité alimentaire.
Une justice algérienne en quête de fermeté économique
Ce réquisitoire s'inscrit dans une dynamique judiciaire plus large visant à sanctionner sévèrement les atteintes aux ressources nationales. En traitant la spéculation sur les produits de première nécessité comme une menace directe à la stabilité sociale et financière, les autorités envoient un signal fort aux opérateurs économiques. Alors que le verdict est attendu, cette affaire illustre la volonté de l'appareil judiciaire de durcir sa réponse face aux pratiques frauduleuses qui pèsent sur le budget de l'État et le pouvoir d'achat des citoyens.