Le parquet du tribunal de Bir Mourad Raïs a requis une peine de sept ans d'emprisonnement à l'encontre d'un ancien président d'Assemblée populaire communale (P/APC) d'Alger-Centre. Ce procès, dont le verdict est attendu pour le 15 octobre, met en lumière une gestion opaque ayant conduit au naufrage d'un projet immobilier de 1400 logements, laissant des milliers de familles sans toit ni remboursement après douze ans d'attente.
Une opération immobilière sans assise foncière
Le scandale trouve sa source en 2016, lors du lancement d'un programme promotionnel à Saoula. Malgré l'absence de propriété foncière du promoteur sur le terrain désigné, la municipalité a validé l'opération et permis la collecte de fonds auprès des souscripteurs. Ces derniers ont versé des acomptes substantiels, allant de 80 à 100 millions de centimes, sans qu'aucun chantier ne soit jamais réellement entamé. Les documents versés au dossier judiciaire révèlent que les autorités locales avaient pourtant été alertées sur l'incapacité financière du promoteur et sur ses antécédents de contrats résiliés dans d'autres communes.
Le préjudice de près de 2000 familles
Si le projet initial prévoyait 1400 unités, l'ampleur de l'escroquerie dépasse ce quota, avec près de 2000 personnes ayant versé des fonds. Face à l'absence de livraison, un millier de victimes s'est constitué partie civile, réclamant réparation pour le préjudice matériel et moral subi. Alors que la wilaya a tenté de proposer des solutions de repli vers d'autres formules de logement, les plaignants maintiennent leur exigence de voir leurs appartements livrés ou d'obtenir une indemnisation intégrale, pointant la responsabilité directe de la municipalité dans le maintien de la confiance accordée au promoteur malgré les signaux d'alerte.
Les lenteurs d'une procédure judiciaire complexe
Le traitement de ce dossier a été marqué par des délais administratifs importants, liés notamment au statut d'élu local de l'ancien maire. La procédure, initiée par une plainte en juillet 2024, a nécessité une autorisation spécifique du ministère de l'Intérieur pour permettre les poursuites, en raison du privilège de juridiction associé à la fonction. Ce n'est qu'après une année de démarches administratives que l'affaire a pu être portée devant le tribunal. Les qualifications retenues contre l'ancien édile, à savoir l'escroquerie et l'abus de fonction, soulignent les enjeux de probité dans la gestion des projets publics de logement en Algérie.