La visite du Premier ministre malien Abdoulaye Maïga à Alger, le 24 août, marque une étape décisive dans le réchauffement des relations entre le Mali et l'Algérie. Après une année 2025 marquée par une rupture diplomatique et la dénonciation de l'Accord d'Alger, les deux voisins cherchent désormais à restaurer un dialogue bilatéral indispensable à la stabilité de leurs 1 400 kilomètres de frontière commune.
Une dynamique de désescalade enclenchée
Le rapprochement actuel dépasse le stade de la simple trêve, bien qu'il ne s'agisse pas encore d'une réconciliation totale. Le retour des ambassadeurs, la réouverture des espaces aériens et la reprise des contacts officiels témoignent d'une volonté partagée de tourner la page des tensions. L'annonce d'une prochaine visite du président de la transition malienne, Assimi Goïta, en Algérie, constitue le signal politique le plus fort de cette normalisation, visant à élever le dialogue au plus haut niveau de l'État.
La sécurité comme socle de coopération
La priorité immédiate pour les deux capitales réside dans la gestion opérationnelle de leur zone frontalière. La lutte contre le terrorisme, le contrôle des trafics transfrontaliers et la circulation des armes imposent une collaboration technique accrue. Si Bamako privilégie une approche souverainiste et sécuritaire pour reprendre le contrôle de son territoire, Alger insiste sur la nécessité d'une dimension politique pour résoudre durablement les crises cycliques du Nord-Mali. Cette divergence d'approche pourrait mener à une « compartimentation » des dossiers, permettant une coopération sécuritaire immédiate sans exiger un consensus total sur la gouvernance interne du Mali.
Vers un nouveau cadre de dialogue
Le retour à l'Accord d'Alger de 2015, officiellement dénoncé par Bamako en janvier 2024, semble exclu en raison de l'évolution des rapports de force sur le terrain. Toutefois, l'expertise historique de l'Algérie dans la région reste un atout majeur. Si le Mali n'est pas disposé à redonner à Alger son rôle de médiateur officiel, l'Algérie pourrait évoluer vers une fonction de facilitateur discret. La viabilité de ce rapprochement dépendra de la capacité des deux pays à transformer ces intentions diplomatiques en résultats concrets, notamment à travers la relance des échanges économiques et une coordination sécuritaire renforcée, seuls gages d'une stabilité durable dans cet espace sahélien sous haute tension.