Des décennies après l'arrêt de l'exploitation pétrolière dans les zones d'Ikono et d'Ibiono Ibom, dans l'État d'Akwa Ibom, les populations locales tirent la sonnette d'alarme. Réunis lors d'un dialogue communautaire organisé par la Health of Mother Earth Foundation (HOMEF), les résidents ont dénoncé la dégradation persistante de leurs écosystèmes et les risques sanitaires liés à des infrastructures pétrolières vieillissantes, laissées sans surveillance ni démantèlement adéquat.
Des infrastructures perçues comme des bombes à retardement
Pour Nnimmo Bassey, directeur exécutif de la HOMEF, ces puits abandonnés constituent de véritables « bombes à retardement ». Malgré l'arrêt de l'extraction, ces sites nécessitent des évaluations techniques rigoureuses, des opérations de démantèlement et une restauration environnementale complète. Le militant souligne que la justice environnementale ne doit pas se limiter aux humains, mais inclure la protection des écosystèmes et de la biodiversité, souvent sacrifiés au profit d'une exploitation dont les bénéfices économiques s'évaporent bien avant que les passifs environnementaux ne soient traités.
Un demi-siècle de négligence et de plaintes sans réponse
Le cas du puits d'Ikot Enua, scellé dès 1958, illustre l'impasse dans laquelle se trouvent les riverains. Des traces d'hydrocarbures et des bruits suspects émanant de la tête de puits témoignent d'une intégrité compromise. Des documents datant de 2002 prouvent que les communautés locales, notamment à Uyo Afaha Nkan, alertent les autorités et les compagnies pétrolières, dont Shell, depuis plus de vingt ans sans obtenir de réponse concrète. Cette absence de suivi expose les terres agricoles et les zones marécageuses à une pollution chronique, ruinant les moyens de subsistance des populations locales.
L'insécurité liée aux activités illégales
Au-delà de la pollution, l'abandon des sites pétroliers crée un vide sécuritaire propice aux activités criminelles. Des groupes armés s'introduisent régulièrement dans ces zones pour des opérations de soutirage illégal de pétrole (bunkering), semant la terreur parmi les habitants. Les autorités locales ont déjà dû intervenir pour démanteler des installations clandestines, soulignant l'urgence d'une sécurisation des sites. Les jeunes des communautés, conscients de ces risques, appellent à être formés et impliqués dans la surveillance de ces infrastructures pour protéger leur environnement immédiat.
Vers un plaidoyer structuré auprès des autorités
La démarche actuelle des communautés, soutenue par la HOMEF, vise à transformer ces doléances en un plan d'action formel. L'objectif est de contraindre les agences gouvernementales et les opérateurs historiques à assumer leurs responsabilités. En documentant précisément l'état des puits et des pipelines abandonnés, les résidents espèrent obtenir un audit complet et une intervention technique qui mette fin à des décennies d'inaction, garantissant ainsi la sécurité publique et la restauration de leurs terres.