L'ancien président de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina, exhorte les nations africaines à dépasser le stade de l'adoption technologique pour devenir des concepteurs d'innovations de pointe. Selon lui, la souveraineté économique du continent dépend de sa capacité à transformer ses ressources et son capital humain en une puissance industrielle capable de rivaliser à l'échelle mondiale.
Investir dans les technologies de rupture
Lors d'une intervention à Johannesburg, Akinwumi Adesina a identifié plusieurs secteurs stratégiques où l'Afrique doit impérativement renforcer ses capacités : l'intelligence artificielle, la robotique, les semi-conducteurs, la science des données et la cybersécurité. L'enjeu est de passer d'une logique d'utilisation à une logique de création. Pour y parvenir, il préconise un renforcement massif des infrastructures de calcul, des laboratoires de recherche et des systèmes universitaires, afin de permettre aux scientifiques et entrepreneurs locaux de générer leur propre propriété intellectuelle.
De l'exportation de matières premières à la valeur ajoutée
Le plaidoyer d'Adesina s'inscrit dans une vision plus large de transformation structurelle des économies africaines. Il insiste sur la nécessité de rompre avec l'exportation systématique de matières premières brutes au profit de la transformation locale et de la recherche. Il cite en exemple le projet de la raffinerie Dangote au Nigeria comme modèle d'ambition industrielle. L'objectif est de favoriser l'émergence de champions nationaux dans des domaines à haute valeur ajoutée tels que la production de batteries, les véhicules électriques et l'industrie pharmaceutique.
Le levier de la zone de libre-échange continentale
Pour concrétiser ces ambitions, l'ancien dirigeant de la BAD souligne l'importance cruciale de la Zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA). Cet espace doit servir de socle pour bâtir des réseaux de production intégrés, capables d'attirer des investissements structurants. Cette transformation industrielle ne pourra toutefois se réaliser sans une gouvernance rigoureuse. Adesina appelle les dirigeants africains à faire preuve d'un leadership éthique et visionnaire, plaçant l'intérêt national et le développement à long terme au-dessus des gains immédiats, tout en garantissant la transparence et la solidité des institutions.