Airbus a franchi une étape technique majeure avec le premier vol européen du drone de combat U740 Valkyrie, une plateforme conçue pour épauler les avions de chasse. Toutefois, l'appareil a évolué sans son système de mission propriétaire, le logiciel MARS, qui doit garantir la souveraineté technologique européenne sur ce programme.
Une plateforme américaine pour une ambition européenne
Le U740 Valkyrie, issu d'un partenariat avec l'américain Kratos, affiche des performances robustes : une autonomie de 5 000 kilomètres, une vitesse atteignant Mach 0,8 et une capacité de décollage assisté par fusée sans piste. Airbus envisage cet engin comme un « ailier » robotisé capable d'accompagner des appareils comme l'Eurofighter dans des missions à haut risque. Le groupe estime le coût unitaire à environ 20 millions d'euros et anticipe un besoin potentiel de 500 unités pour les forces armées allemandes, bien qu'aucune commande ferme n'ait été actée à ce jour.
Le défi du « cerveau » souverain
L'enjeu central pour Airbus réside dans l'intégration du système MARS (Multi-platform Autonomous Reconfigurable and Secure). Ce logiciel, présenté comme le « cerveau européen » du drone, est conçu pour piloter l'autonomie de l'appareil, gérer les données et coordonner des essaims de drones tout en maintenant une supervision humaine conforme aux règles d'engagement. L'absence de ce système lors du vol inaugural souligne la complexité de greffer une intelligence artificielle souveraine sur une cellule d'origine américaine. L'intégration de MARS est désormais attendue pour les essais prévus au premier trimestre 2027.
Un marché de la défense en pleine mutation
Ce projet s'inscrit dans un contexte de recomposition stratégique européenne, marqué par la fin de la coopération franco-allemande sur le projet SCAF. Alors que la France développe ses propres solutions autonomes pour le Rafale F5, l'Allemagne mise sur le Valkyrie pour moderniser sa Luftwaffe. La définition précise des missions — combat aérien, frappes au sol ou guerre électronique — reste à arbitrer par Berlin d'ici 2027. Airbus cherche par ailleurs à démontrer la conformité réglementaire de son drone pour éviter les échecs de certification passés, tout en naviguant sur un marché hautement concurrentiel où les acteurs américains et européens se disputent des contrats se chiffrant en milliards de dollars.