Air Sénégal, longtemps présentée comme en difficulté, a vu sa dette chuter de plus de 50 % et affiche des taux de remplissage record sur plusieurs routes. Le directeur général, Tidiane N’Diaye, a présenté ces résultats lors d’une interview exclusive, soulignant une stratégie de redressement soutenue par l’État.
Réduction de la dette et recapitalisation publique
Lorsque la nouvelle direction a pris les rênes en 2024, la compagnie héritait d’une dette estimée à 118 milliards de FCFA, issue de la gestion antérieure. En deux ans, le plan d’apurement mené par le DG a permis de ramener ce passif à 52 milliards, soit une baisse de plus de la moitié. Cette évolution s’est appuyée sur une recapitalisation orchestrée par l’État sénégalais via la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), actionnaire unique de la société. Selon N’Diaye, le financement public d’une entreprise publique n’est ni anormal ni scandaleux, mais une pratique courante pour garantir la continuité d’un service stratégique.
Performance opérationnelle des principales liaisons
Les chiffres de remplissage confirment que la compagnie ne subit pas de crise de la demande. La ligne Conakry‑Dakar affiche un taux de remplissage de 90 % avec une régularité de 100 %, tandis qu’Abidjan‑Dakar atteint 80 % de remplissage et 82 % de ponctualité. La desserte Cotonou, bien que moins fréquente (quatre vols par semaine), maintient une régularité parfaite. Casablanca se distingue avec 100 % de remplissage, ponctualité et régularité, plaçant Air Sénégal en tête de ce segment. Le vol quotidien vers Paris enregistre 75 % de remplissage et 100 % de régularité, preuve d’une stabilité sur les corridors long‑courriers.
Les suspensions de certaines routes sont présentées comme des décisions de gestion. La liaison New York, arrêtée depuis septembre 2024, ainsi que les lignes Bamako et Ouagadougou, ont été suspendues en raison du coût du carburant qui les rendait structurellement déficitaires après la crise du Golfe. Ces mesures visent à préserver la viabilité financière globale de la compagnie.
Gestion des A330 neo et perspectives de flotte
Deux Airbus A330 neo ont été saisis, mais restent la propriété d’Air Sénégal. La résiliation des contrats de location n’a pas entraîné la fin des accords de financement, créant une distinction juridique entre la possession et l’exploitation. Les contentieux en cours empêchent toute revente ou mise en service des appareils, ce qui, selon les spécialistes, confirme la solidité du cadre juridique de la compagnie.
Sur le plan de la modernisation, Air Sénégal mise sur le Boeing 737 MAX 8 pour renouveler sa flotte courte et moyenne distance. Des discussions sont également en cours avec Singapore Airlines afin d’explorer des partenariats stratégiques, témoignant d’une ambition de diversification et de croissance à moyen terme.